Tom Holland : corps et âme

Il est à ce jour le meilleur Peter Parker de l’histoire de Spider-Man. Mais à 24 ans, le jeune londonien n’entend pas en rester là. Focus sur le cheminement d’un acteur qui suit les pas de Christian Bale ou de Tom Cruise.

Par Sylvain Monier

On est à Atlanta (Géorgie) en 2015. Tom Holland est un jeune acteur britannique de 19 ans qui s’est fait remarquer quatre ans auparavant dans The Impossible de Juan Antonio Bayona (où il campait le fils de Naomi Watts) et ce jour-là à Atlanta, l’Anglais joue gros. Six semaines auparavant, il a passé une audition pour incarner le nouveau Peter Parker dans Captain America : Civil War. Et comme manifestement, cela ne s’est pas trop mal passé, Tom a été convoqué pour une deuxième phase, plus approfondie celle-là. Impatient, stressé mais déterminé, le jeune comédien attend –  avec six autres gamins – ce face-à-face ultime (?) avec Robert Downey Jr.

Impression à la sortie de cette rencontre : « Ça s’est super bien passé. C’était la meilleure audition que je n’ai jamais faite ! On a improvisé. Mes agents m’avaient dit que les gens de Marvel apprécient que tu connaisses ton texte au mot près et que tu n’improvises pas, tu ne peux pas vraiment faire ce genre de choses. J’avais appris le texte par cœur mais, à la première prise, Downey a complètement changé la scène ! On s’est donc mis à se renvoyer la balle en improvisant. Au risque de passer pour un connard, je dois avouer que j’ai appelé ma mère juste après pour lui dire : « Je crois que c’est bon. » se souvient Tom en janvier 2021 pour le magazine Variety à la faveur d’une conversation organisée avec son confrère Daniel Kaluuya.

Quelques semaines après, l’acteur a fini par apprendre qu’il était le nouveau Spider-Man… en allumant son ordinateur !

Six semaines plus tard, Marvel a fini par rappeler Holland, pas pour lui dire qu’il avait le rôle, mais pour lui demander un autre test : une scène de combat face à Chris Evans. Puis, encore quelques semaines après, l’acteur a fini par apprendre qu’il était le nouveau Spider-Man… en allumant son ordinateur ! Explications : Tom Holland tape « Marvel » sur son clavier d’ordinateur et il apprend qu’il est choisi pour incarner l’homme-araignée. Le fait est qu’à l’époque, Sony s’était fait hacker supposément par la Corée du Nord à cause du film The Interview (produit par Sony et donc l’ennemi américano-japonais) qui moquait le « cher leader » nord-coréen Kim Jong-un. D’où cette méthode un peu singulière d’annoncer la bonne nouvelle à Tom Holland. 

Reste un problème cependant : Stan Lee le créateur du comics Spider-Man en 1962 n’est pas super fan de cette recrue et ce n’est rien de le dire. « Stan The Man » (comme il aimait s’autosurnommer), appréciait Tobey Maguire, pas trop Andrew Garfield et encore moins Tom. Et il le fait savoir plus ou moins directement au premier intéressé qui sombre dans un stress absolu.

Pour lui c’est sûr, il va se faire virer juste après Civil War et Spider-Man-Homecoming va lui passer sous le nez.

Tom va-t-il être à Spider-Man ce que George Lazenby fut à James Bond ou Brandon Routh à Superman ?

Tom va-t-il être à Spider-Man ce que George Lazenby fut à James Bond ou Brandon Routh à Superman ? Non au contraire, Spider-Man : Homecoming en 2017 et sa suite (Far From Home en 2019) vont convaincre le public, la critique et installer définitivement Holland au firmament.

Il faut dire que le jeune acteur apporte vraiment un plus par rapport à ses deux prédécesseurs dans notamment l’utilisation optimale de son corps pour incarner Peter Parker. C’est ainsi qu’en modifiant sa posture et son placement de bras, Holland (24 ans aujourd’hui) parvient à recréer à la fois la nonchalance et l’énergie bouillonnante d’un ado de 16 ans impatient. Le résultat à l’écran est vraiment bluffant et marche (inconsciemment) mais à fond auprès du public de garçons préados (le cœur de cible de Spider-Man).

Cette habilité corporelle, Tom Holland la doit à son « autre vie ». Car avant de se lancer dans l’acting, le Britannique s’est fait connaître comme danseur. C’est à l’école qu’il découvre le hip hop, et lors d’un de ces cours qu’il est repéré en 2008 par le chorégraphe de Billy Elliott, Lenny Page.

Le producteur le recrute pour intégrer la troupe du musical tirée du film, où il incarnera le rôle-titre du garçon danseur. En mars 2010, lors du 5e anniversaire de Billy Elliott : The Musical, quatre interprètes du personnage (dont Tom Holland) sont invités au 10 Downing Street pour rencontrer le Premier ministre Gordon Brown. Les parents et les frangins de Tom sont fiers notamment son père, Dominic, qui est lui-même acteur et auteur. D’autant qu’enfant, le petit Tom était dyslexique – ce qui peut expliquer cette appétence pour la danse puis la comédie pour s’exprimer.

Depuis le gamin a pris de l’assurance, au point de jouer le go-between (alors qu’il était ivre) entre Sony et Disney pour réconcilier les deux studios. Un épisode croquignolet que l’acteur a expliqué sur le plateau de Jimmy Kimmel en décembre 2019. « J’ai envoyé un mail à Bob Iger (le PDG de Disney ndlr.) Au début je voulais surtout lui dire merci (…) Quelques jours sont passés, et puis un soir, ma famille t moi sommes allés dans un pub à jeux. On s’amusait, j’en étais à trois pintes et j’ai reçu un appel d’un numéro masqué. J’ai senti que c’était Bob Iger. Sauf que j’étais ivre. Et il y avait mon père qui me disait : “Prends cet appel, ça va le faire !”, alors j’ai décroché ».

Tom Holland et Bob Iger ont conclu que la place de Spider-Man était dans le MCU

Et après avoir remercié le boss de Disney (en mode fayot) et versé quelques larmes (son émotion étant manifestement exacerbée par l’alcool), Tom Holland et Bob Iger ont conclu que la place de Spider-Man était dans le MCU (Marvel Cinematic Universe). De quoi ouvrir la porte à de nouvelles négociations avec Sony et la mise en chantier de Spider-Man : No Way Home, dont la sortie est prévue en 2021.

Bien conscient cependant que sa période Spidey touche bientôt à sa fin, le quasi-homonyme du fils de François Hollande ne met pas tous ses œufs dans le même panier. On l’attend dans Chaos Walking un film de S.F. signé Doug Liman adapté de l’œuvre de Patrick Ness avec également Daisy Ridley et Mads Mikkelsen.

Autre film à venir excitant sur le papier : Cherry des frères Russo (les réalisateurs des deux derniers Avengers) où il incarne un vétéran de la guerre d’Irak qui souffre de stress post-traumatique et d’une dépendance aux opiacés. Un rôle pour lequel il a perdu 12 kilos en courant quotidiennement vêtu d’un sac poubelle (pour augmenter la sudation).

« Je me suis posé avec mon coach et il m’a dit : “OK, tu dois consommer que 500 calories par jour et courir environ 15 kilomètres. C’est parti…”, Génial… C’était du brutal. Et puis il a fallu reprendre du poids pour passer d’un addict à l’héroïne à un Marine de l’US army. Je suis tombé malade au final. » expliquait-il au GQ US en février 2021.

Bodybuildé dans la peau de Nathan Drake, Holland avoue en avoir fait des caisses pour la jouer, « robuste et stoïque » à la Mark Whalberg

Cette recherche de la performance physique, c’est sa marque de fabrique. Il sait aussi qu’elle peut potentiellement lui faire gagner un Oscar. Mais en ce moment, il se demande s’il n’en fait pas un peu trop dans ce registre-là. C’est ainsi qu’Holland émet des doutes toujours dans GQ concernant sa prestation dans Uncharted de Ruben Fleischer (prochainement à l’affiche ou en plateforme). Bodybuildé dans la peau de Nathan Drake, Holland avoue en avoir fait des caisses pour la jouer, « robuste et stoïque » à la Mark Whalberg, son partenaire de jeu dans Uncharted. Une manière de se prémunir des possibles moqueries si d’aventure le frêle Peter Parker n’était pas crédible en actioner à biscotos ?

Le jeune homme a pourtant fait preuve d’une rare intensité et de sensibilité dans le très réussi Le Diable tout le temps d’Antonio Campos

Le jeune homme a pourtant fait preuve d’une rare intensité et de sensibilité dans le très réussi Le Diable tout le temps d’Antonio Campos (actuellement sur Netflix). Un film crépusculaire, sombre et poisseux d’après l’œuvre de Donald Ray Pollock dans lequel Holland ne pâtit pas de la comparaison avec son partenaire Robert Pattinson. Tel semble être l’actuel projet de vie de la jeune star du moment : un acteur de corps en quête d’un supplément d’âme. Une star tout-terrain capable de choper le respect de ses pairs et d’enchaîner les franchise à des centaines de millions de dollars. A la manière de Christian Bale ou d’un Tom Cruise.

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