Margot Robbie : Blonde ambition

A 29 ans, Hollywood est à ses pieds. Retour sur le parcours d’une Australienne qui a illuminé le dernier film de Quentin Tarantino, qui électrisera 2020 avec Birds of Prey, et qui ne semble pas avoir quitté le bush pour jouer les potiches.

Par Sylvain Monier

Elle n’a pas pléthore de scène dans Once Upon A Time In… Hollywood. Quentin Tarantino n’ayant pas la réputation de laisser la part belle aux actrices dans son œuvre – sauf Pam Grier dans Jackie Brown (1997), son plus beau film du reste. Margot Robbie y incarne un ange (sorte de) à savoir Sharon Tate, star montante, belle comme le jour et enceinte de Roman Polanski.

Il fallait pour cela l’apport de la beauté solaire – quasi irréelle – de cette comédienne australienne apparue aux yeux du monde par le truchement de la caméra de Martin Scorsese dans Le Loup de Wall Street, quand sans culotte sous sa minijupe, elle prévient Leo « papa » DiCaprio qu’il ne pourra plus la « toucher jusqu’à nouvel ordre ».

Beauté hitchcockienne, franc-parler, sourire immense, aura de star, Margot Robbie fait penser à un mélange entre Julia Roberts, Nicole Kidman et Charlize Theron.

Nous sommes en 2013, Margot Robbie a 23 ans, et en un croisement de jambe (à la Sharon Stone au temps de Basic Instinct) dans Le Loup de Wall Street, elle marque les esprits. Beauté hitchcockienne, franc-parler, sourire immense, aura de star, Margot Robbie fait penser à un mélange entre Julia Roberts, Nicole Kidman et Charlize Theron.

Comme si la blonde australienne était, en réalité, un cyborg pensé, façonné et fabriqué pour occuper la fonction de star planétaire.

Pourtant, Margot Robbie, 29 ans, est bel et bien réelle. Elle est née dans la petite ville de Dalby, dans le Queensland en Australie. C’est une enfant de parents divorcés qui partage son temps entre la ferme de ses grands-parents maternels et Southport, une charmante bourgade de la Gold Coast, spot de surf connu pour ses soixante kilomètres de plages.

Une enfance et une adolescence enjouées à l’ambiance Hartley cœur à vif avec une maman kiné qui ne roule pas sur l’or et une fratrie chamailleuse composée de ses frères, Lachlan et Cameron, et sa sœur aînée Anya. Miss Robbie se demande encore : « Comment notre mère a-t-elle tenu ? Nous étions quatre enfants insupportables ! », c’est l’époque où l’adolescente fait une fixette sur l’actrice Goldie Hawn, dont elle regarde la filmo en boucle mais pas seulement : « J’aimais bien aussi Le Cinquième élément, de Luc Besson. J’ignorais qui étaient Martin Scorsese, Wes Anderson, Jacques Audiard… J’ai découvert Citizen Kane bien plus tard. » (Elle, février 2019).

Dès le départ, le ton était donné. Un jour, Margot voit à la télévision une jeune fille blonde de son âge qui annone un dialogue plat et indigent. Elle se dit : je pourrais en faire autant, voire mieux.

Le film qui lui a envie de faire du cinéma ? George de la jungle avec Brendan Fraser. Déjà en ce temp-là Margot est la plus belle fille du lycée, elle est invitée à toute les soirées. « J’ai fréquenté une école où tous mes amis étaient riches. J’allais souvent chez eux et, très vite, je me suis dit : “OK, c’est ça que je veux !” » (Elle, mars 2018). Dès le départ, le ton était donné.

Un jour, Margot voit à la télévision une jeune fille blonde de son âge qui annone un dialogue plat et indigent. Elle se dit : je pourrais en faire autant, voire mieux. Action, réaction : elle a 17 ans, elle vient de terminer le lycée et décide de tenter sa chance à Melbourne. Là-bas, elle enchaîne les petits boulots : « J’ai bossé dès l’âge de 10 ans : serveuse dans un bar, la plonge dans un restaurant, caissière dans un supermarché, les sandwiches chez Subway, des babysittings, des ménages, vendeuse dans une boutique de surf et même dans une pharmacie. J’étais déterminée à avoir mon propre argent pour être indépendante et faire ce dont j’avais envie. »

Margot s’accroche et décroche un rôle, celui de Donna (une jeune fille cool et bisesexuelle), dans Neighbours, le soap opera national qui vit éclore jadis Kylie Minogue ou Guy Pearce. Pendant deux ans et demi, l’apprentie-actrice y apprend le métier et réalise qu’elle aime la caméra, le travail en équipe mais, au fond d’elle-même, elle est intimement persuadée que Neighbours n’est qu’une étape.

En hôtesse de l’air sixties, la blonde a volé la vedette à la brune Cristina Ricci (la véritable star de la série Pan Am) et a été repérée par un téléphage notoire nommé Martin Scorsese.

Qu’elle doit aller plus loin. Elle a, à ce titre engagé un coach pour capter l’accent américain. Les producteurs soap font des pieds et des mains la retenir, ce sera peine perdue : « Vous n’avez qu’à faire mourir mon personnage », leur propose-t-elle. Ils décideront finalement de faire partir Donna à New York en espérant un retour plus ou moins vite fait bien fait au bercail. Mais Donna ne reviendra pas car à L.A., Margot a déjà déniché un rôle dans la série Pan Am (ABC), sorte de Mad Men au féminin visuellement captivant mais sans la profondeur littéraire de son modèle. Résultat, Pan Am est stoppée à l’issue de la première saison mais c’est un mal pour un bien car en hôtesse de l’air sixties, la blonde a volé la vedette à la brune Cristina Ricci (la véritable star de la série) et a été repérée par un téléphage notoire nommé Martin Scorsese.

Au casting du Loup de Wall Street, en bonne outsider, elle joue le tout pour le tout en collant une baffe pas prévue au script à DiCaprio – à la faveur d’une scène de dispute conjugale que Scorsese aime tant. Une audace qui se révèle payante puisque Margot chope le rôle à la surprise générale, au nez et à la barbe de Blake Lively et Amber Heard qui la haïssent depuis…

Nouvelle fille à suivre de l’industrie, Margot Robbie suscite toutes les attentions, toutes les suspicions, toutes les préoccupations. On lui prête diverses love affairs avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Will Smith sur le plateau du dispensable Diversion (de Glenn Ficarra et John Requa 2015) ? Elle s’en défend (mollement) bien consciente qu’un Scorsese associé à deux ou trois scandales sexuels, suffisent à faire de vous de vous une star.

Derrière son côté blonde et belle comme le jour, Margot Robbie est, en réalité, une machine de guerre qui mène parfaitement son destroyer.

Elle calme le jeu cependant en épousant Tom Ackerley en 2017 un assistant réalisateur rencontré sur l’également dispensable Suite française (de Saul Dibb 2014) histoire de couper court à son image de bitch de service ? Possible car derrière son côté blonde et belle comme le jour, Margot Robbie est, en réalité, une machine de guerre qui mène parfaitement son destroyer.

Déterminée, l’Australienne ne laisse rien au hasard et entend être celle qui comptera dans les années à venir. Avec son compagnon, elle a d’ailleurs monté sa boîte de prod (LuckyChap) et s’est payée une crédibilité indie avec le très réussi Moi, Tonya (Craig Gillepsie, 2018), un biopic social drôle et pathétique à la fois sur la patineuse Tony Harding qui a été nommé aux Oscars 2018.

Deux ans avant, elle sauvait littéralement Suicide Squad (David Ayer 2016) du naufrage grâce à sa prestation remarquée et remarquable d’Harley Quinn, une lolita flashy rigolote mais extrêmement dégénérée.

Avec sa propre structure, elle compte développer des films avec de vrais rôles pour les femmes. Traduction : l’actrice qui incarne l’esprit #metoo, c’est elle, oubliant un peu vite que Suite française était produit par Harvey Weinstein. Maligne, Margot Robbie jouera d’ailleurs dans Scandale, un film sur les coulisses des scandales sexuels de la chaîne de télé Fox News avec Nicole Kidman et Charlize Theron, ses concurrentes et surtout aînées qu’il ne faudrait surtout pas froisser.

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