Quand James Bond range ses jouets !

A chaque nouvelle génération, nos gadgets du quotidien gagnent en technologie, tandis que ceux de James Bond perdent en saveur. À travers eux, c’est l’évolution du célèbre agent qui s’est dessinée. Exit l’enfant gâté au Noël du MI5, bonjour le gendre idéal bien sous tous rapports du MI6 !

Par Denis Brusseaux

Un petit test, pour commencer. Fermez les yeux et visualisez le très monolithique Daniel Craig, sourire en option, engoncé dans son smoking, sa mitraillette à la main. Maintenant, rajoutez-lui un casque de mobylette, sanglez par-dessus son costume un jetpack au look rétro, et faites-le décoller du sol dans un grand nuage de fumée. Pas crédible ? Alors, imaginez-le plutôt en train d’endormir un garde en faction grâce à un cigare lance-fléchettes. Toujours pas ? Dernière tentative : plongez-le dans un étang, planqué dans la carcasse en plastique d’un faux alligator. Ça donne quoi ? Rien ? Normal. Le James Bond, dans l’imaginaire collectif, est avant tout un solide gaillard qui casse des bras aussi bien que Steven Seagal et tire dans le tas avec l’aisance d’un héros de John Woo.

Caméra digitale dans son mobile, GPS implanté, défibrillateur high-tech, base de données tactile… Voilà en gros pour son inventaire dans Casino Royale et Quantum of Solace. Pas de quoi rêver.

Mais les gadgets sont clairement absents de son répertoire. Ou plutôt si, ils existent, mais sous une forme très nettement dé-folklorisée par rapports aux joujoux de ses prédécesseurs. Pour le dire encore plus clairement, le dernier 007 en date n’évolue pas dans un univers fantasmatique en marge du nôtre, il appartient au contraire à notre monde, au point d’utiliser une technologie finalement très proche de ce qu’on trouve dans le commerce. Caméra digitale dans son mobile, GPS implanté, défibrillateur high-tech, base de données tactile… Voilà en gros pour son inventaire dans Casino Royale et Quantum of Solace. Pas de quoi rêver. On serait plutôt tenté de se rendre au supermarché le plus proche pour s’acheter le même équipement. Normal, après tout : nos propres gadgets du quotidien sont si perfectionnés qu’ils auraient de quoi faire pâlir le James Bond des années quatre-vingt, lequel en comparaison semble s’équiper chez le marchand de jouets du coin.

Le côté ludique a clairement déserté la franchise, et s’est plutôt réfugié du côté de Tom Cruise et de ses Mission impossible. Ce qui s’appelle un revirement complet, surtout si on repense au sérieux papal de la série télé d’origine. Désormais, c’est chez Bond que l’on retrouve les mâchoires crispées et le regard d’acier. Le ton décontracté des débuts a disparu au profit d’un réalisme un peu rigide. Du coup, le retour de Q dans Skyfall paraît légèrement forcé, comme une concession faite aux fans. Son Walter PPK à reconnaissance digitale n’a rien de délirant…

Pierce Brosnan et son élégance virile en faisait le Bond idéal sur le papier.

Derrière la problématique des gadgets, c’est bien de l’identité de Bond dont il est question. Le gadget, c’est avant tout le symbole d’un occident triomphant, fier de sa technologie et de son astuce, capable de surprendre l’ennemi, quant à lui attaché aux vieilles méthodes. Il trouvait donc tout son sens en pleine Guerre froide, alors que les deux blocs Ouest et Est rivalisaient en avancées techniques dans tous les domaines. Tandis que le Mur de Berlin s’écroule (en 1989), James Bond est incarné à deux reprises par Timothy Dalton, dont la violence et l’absence d’humour préfigurent Daniel Craig. S’il n’est pas avare en gadgets, cet avatar de 007 n’est plus que l’ombre de lui-même, non seulement à cause du manque de charisme de son interprète, mais surtout parce que ses traditionnels repères s’effondrent. Il n’y a qu’à le voir combattre un improbable baron de la drogue dans Permis de tuer, où l’esprit de la saga s’évapore. À sa suite, Pierce Brosnan va persévérer dans la même voie, en dépit d’une élégance virile qui en fait, sur le papier, le James Bond idéal. Hélas, son 007 semble plus que jamais en déphasage avec son époque, et s’égare dans des aventures qui paraissent conçues pour le censurer.

Certes, son Bond ne manque pas de jouets parfois absurdes, mais le monde flou et terne qui a remplacé celui de la Guerre froide ne convient guère à notre super-agent. Il paraît presque s’ennuyer, et les tentatives des scénaristes pour lui redonner un peu de mordant ne fonctionnent pas : à de rares exceptions près (le début de Meurs un autre jour), James Bond est aseptisé, réduit à l’état de super-héros au sourire impeccable, comme écrasé par le cortège des guest-stars et l’avalanche des enseignes commerciales à placer dans chaque plan. Du coup, Pierce Brosnan va se rattraper en incarnant, en marge de la saga (L’Affaire Thomas Crown, Le Tailleur de Panama, Le Matador, The Ghost Writer), des personnages puissants et ambigus, bien plus proches en réalité du 007 qu’il aurait tant voulu être. Quant à son beau projet d’un Casino Royale qu’aurait réalisé Tarantino, désireux de retourner au style d’Ian Fleming, il a évidement tourné court.

Timothy Dalton a porté le costume de 007 à deux reprises avec peu d’humour et beaucoup de violence.

Les cas Dalton et Brosnan prouvent qu’un gadget n’a d’intérêt que s’il est employé dans un esprit joyeux et ludique. Qui se rappelle de ceux employés par ces deux acteurs ? Quels gosses ont eu envie d’avoir les mêmes en miniature ? Bouclant logiquement la boucle, Daniel Craig a donc rangé les jouets dans leur coffre. À moins qu’on ne les lui ait confisqués, avec ordre de se coucher sans télé ni dessert ! Qui ça, « on » ? Mais M, bien sûr, ou plutôt devrait-on dire Maman, tant son interprète Judi Dench en fait, depuis quelques opus, une véritable marâtre dominatrice.

Le James Bond de Daniel Craig n’est pas en résistance contre une époque sans saveur, à l’inverse de celui de Pierce Brosnan, il est au contraire entré dans le moule.

Réinventé en jeune 007 débutant avec Casino Royale, Bond ne sort plus de ses jupes, et sa volonté de s’affranchir de sa férule est largement tempérée par l’attente du bon point qui récompensera son dernier exploit. Telle a été l’étrange évolution de l’agent secret le plus célèbre au monde : de symbole virile par excellence, témoin d’une époque particulièrement macho et portée sur l’excès, le voici aujourd’hui transformé en gendre idéal (avec un nouveau penchant à l’attachement sentimental) et fils très digne, non plus modèle d’indépendance comme autrefois mais bel et bien discipliné, rentré dans le rang.

Plus question de prendre les choses à la légère, d’aborder une aventure comme une grande partie de plaisir. Le James Bond de Daniel Craig n’est pas en résistance contre une époque sans saveur, à l’inverse de celui de Pierce Brosnan, il est au contraire entré dans le moule. Avant que les médias n’aient plus que ce mot à la bouche, il avait déjà pris la voie de l’austérité, au point de donner tout son sens au titre de la première aventure de Timothy Dalton : définitivement, tuer n’est plus jouer.

Alors qu’aux dernières nouvelles, il semblerait que pour No Time to Die, James Bond circulera en Aston Martin électrique, on espère tout de même qu’il ne va pas passer du Martini au… jus de carotte.

Le personnage de M., interprété par Judi Dench a-t-elle confisqué les jouets de l’agent secret ?

A l’origine…

Le James Bond initial aime être à l’heure, conduire de belles voitures et ne rechigne jamais à fumer une bonne clope. Petit pense-bête du vrai 007.

Par Olivier Rouhet

Bond n’est pas très éco-citoyen

© Shutterstock

Il conduit une Aston Martin DB5, de couleur Silver Birch équipée d’un moteur 6 cylindres en ligne et d’un siège éjectable (c’est une option). 007 change de voitures comme de femmes mais la DB5 reste LE véhicule emblématique de Bond. Elle fait même son retour dans Skyfall, avec la même immatriculation (BMT216A) que dans Docteur No.

Fumer ne nuit pas à la santé de Bond

Le personnage de Flemming consomme soixante cigarettes par jour et que ça ne l’empêche pas de crapahuter comme un damné. A l’écran, Connery, Lazenby et Dalton s’en grillent quelques unes tandis que les autres acteurs s’abstiennent. Profitons-en, certains ministres semblent supprimer la clope à l’écran, mais ce sera un autre article.

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Bond n’a pas raté sa vie

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En 1962, pour sa première aventure, Sean Connery est loin d’avoir 50 ans (il en a 32) mais  il porte déjà au poignet, une Rolex Submariner.  007 restera fidèle à ce modèle jusqu’en 1974 (l’Homme au pistolet d’or) puis, se succèderont à son poignet des modèles Seiko et Omega.

Bond ne mange pas cinq fruits et légumes par jour mais boit sans modération

Notamment des Vodka Martini, mélangé au shaker et non à la cuillère (« Shaken, not stirred »). Bond n’a été saoul qu’une fois à l’écran, dans Quantum Of Solace. Frappé par la crise, il se rabat sur la bière Heineken  dans Skyfall.

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Bond n’a pas peur de tirer

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Et lorsqu’il en a envie, il sort son Walther PPK 7.65 mm. Une arme de défense peu puissante qui correspond au modus operandi de 007 : s’approcher au plus près de son ennemi pour l’abattre à bout-portant. Depuis Demain ne meurt jamais, Bond est adepte du Walther P99.

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