Omar Sy, des cités au ciné

Omar Sy est devenu l’une des personnalités préférées des Français, si ce n’est LA préférée, la star d’Intouchables et le lauréat d’un César. De Trappes à Hollywood, SEE vous raconte l’itinéraire d’un enfant qui n’a pas toujours été gâté. Traversons le périph’. REWIND

ParMarc Godin

Il a un sourire élastique, une bonne centaine de dents, un regard d’enfant et un rire qui ferait se gondoler un contrôleur du fisc grec. Tout cela a maintenant un prix : un million d’euros ! Car Omar Sy est une star. Depuis le carton mondial d’Intouchables, Omar Sy n’est plus le rigolo du SAV qui bricole une petite pastille mi-potache, mi-surréaliste. Il est l’acteur français numéro 1, lauréat d’un César s’il vous plaît, une vedette bankable sur laquelle se monte des projets, un cador désormais parti tenter sa chance à Hollywood. Ah oui, j’oubliais, Omar Sy est noir.

Tout commence à Trappes, dans les Yvelines, à 30 kilomètres au sud est de Paris, près de Versailles. Trappes est une ville nouvelle avec des quartiers HLM, de grands ensembles en béton, mais aussi de charmants petits pavillons et beaucoup de verdure. Dans les années 70, la France a besoin de main d’œuvre. La famille d’Omar arrive d’Afrique dans cette cité où se sont implantées de nombreuses industries pour séduire les travailleurs. Pourtant, la tendance va bientôt s’inverser et en dix ans, les classes moyennes vont déserter cette ville avec 2 tiers de logements sociaux, où coexistent 72 nationalités.

Le petit Omar naît le 20 janvier 1978. Son père, Sénégalais, est magasinier dans une usine de pièces automobiles. Sa mère, Mauritanienne, est femme de ménage. Tous deux sont peuls, bergers nomades de l’Afrique de l’Ouest. « C’est un peuple qui s’occupait du bétail et qui a transhumé dans toute l’Afrique. J’en ai gardé l’amour du lait ! Et quelque chose de nomade. Je suis curieux, je vais voir partout. »

En 2005, Omar et Fred inventent le SAV, Entre deux éclats de rire d’Omar, ils brocardent les clichés sur les Africains, les cons, les réacs, les gays, les nymphos et incarnent une galerie de personnages largement azimutés

omar et fred 

À Trappes, Omar habite dans le quartier des merisiers avec ses six frères et sœurs. Parmi ses copains d’enfance, Jamel Debbouze et Nicolas Anelka, qui sera dans la même classe que lui en 6e et 5e. Très bon élève, il obtient les félicitations de ses professeurs à chaque trimestre. Omar grandit sans histoire (jusqu’à 1, 92 m) grâce à une maman qui le couve et lui répète constamment de rester en dehors des histoires et d’éviter les problèmes avec la police. « Tout ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ma mère. L’amour d’une mère, c’est de l’engrais. »

À 17 ans, alors qu’il s’apprête à passer un bac F (l’équivalent actuel d’un bac sciences et techniques industrielles), il se destine à monter une boîte de climatisation en Afrique. Mais ce parcours balisé va se transformer grâce à une bonne fée nommée… Jamel. Engagé à Radio Nova, Jamel Debbouze donne sa chance à son pote Omar. Lors de sa première émission avec Anelka en invité, Jamel appelle Omar à la rescousse et celui-ci se fait passer à l’antenne pour un joueur sénégalais. « C’est comme ça que j’ai débuté dans le monde de la comédie : en donnant un coup de main à un pote. » Omar a chopé le virus… Jamel lui fait alors rencontrer un certain Fred Testot et Omar continue à jouer les faux auditeurs. Un mois avant le bac, Omar part au festival de Cannes pour Le Cinéma de Jamel, sur Canal +. Il est payé, découvre les paillettes, la fête et met une croix définitive sur le bac et la clim’.

De la télé au ciné

Omar Sy commence à réaliser qu’il va peut-être suivre une carrière artistique, en vivre, et il tombe amoureux. À 20 ans, il quitte le domicile parental pour vivre avec une femme, Hélène, avec qui il aura quatre enfants. Repéré par Alain de Greef, tête chercheuse de Canal, il commence en 2000 son duo avec Fred Testot, Le Visiophon, une pastille dans l’émission Nulle part ailleurs.

C’est le début d’une grande amitié à l’écran et à la ville. Les années passent, les émissions changent, mais les amis restent et deviennent des piliers de la chaîne, bricolant dans leur petit local à deux pas du paquebot Canal leurs sketchs délirants. En 2005, ils inventent le SAV du Grand journal, cornaqué par Michel Denisot. Entre deux éclats de rire d’Omar, ils brocardent les clichés sur les Africains, les cons, les réacs, les gays, les nymphos et incarnent une galerie de personnages largement azimutés : Super Connard, François le Français, Tata Suzanne… 

En parallèle à ses apparitions quotidiennes à la télé, Omar Sy se lance dans le cinéma. En 2002, il est contacté par deux débutants, Eric Toledano et Olivier Nakache, futurs réalisateurs d’Intouchables. Il les informe qu’il n’est pas comédien, ils lui rétorquent qu’ils ne sont pas encore cinéastes ! « Ils m’ont tout de suite regardé comme un acteur, même si, moi, je n’osais pas le reconnaître. »

Le courant passe aussitôt et ils tournent le court-métrage Ces jours heureux. Omar enchaîne avec de petits rôles dans des comédies plus ou moins drôles, plus ou moins improbables. Des titres ? La Beuze, Le Carton, Le Boulet… Des panouilles, avec lesquelles Omar apprend les rudiments de son métier. En 2006, il retrouve le duo Toledano/Nakache pour Nos jours heureux, comédie nostalgique avec Jean-Paul Rouve sur fond de  jolies colonies de vacances.

Suite à cette réussite, Omar commence à recevoir un paquet de scénarii, mais décline les rôles de caïds et de mecs de banlieue grâce au succès du SAV. Après un petit rôle dans Seuls two d’Eric & Ramzy, Omar retrouve Toledano et Nakache en 2008 pour Tellement proches où il endosse la blouse blanche d’un médecin que tout le monde prend pour un infirmier sous prétexte qu’il est noir…

AVEC Anne Le Ny et François Cluzet dans intouchables  d’éric toledano et olivier nakache en 2011 © Gaumont Distribution

Si Omar a l’habitude de travailler avec un coach depuis quelques années déjà, il entreprend Intouchables comme une course de fond.

Le triomphe planétaire d’Intouchables

De plus en plus courtisé par le cinéma français, Omar Sy poursuit néanmoins ses aventures déconnantes à la télé avec Fred dans le SAV, pic d’audience de l’émission de Denisot. En 2010, il reçoit un scénario écrit spécialement pour lui par Toledano et Nakache, Intouchables, inspiré de l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo et Abdel Sellou.

Le premier est un aristo, prisonnier d’un corps qui ne répond plus, le second est un jeune mec de banlieue, abonné au chômage et aux plans foireux. Les deux hommes vont se découvrir, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi drôle et forte qu’inattendue. En lisant le script, Omar tombe de sa chaise. Il le trouve drôle, pétri de vérité et d’humanité. Mais il a quelques appréhensions, notamment porter pour la première fois un film sur ses larges épaules et donner la réplique à François Cluzet.

Si Omar a l’habitude de travailler avec un coach depuis quelques années déjà, il entreprend Intouchables comme une course de fond. Le tournage va durer 60 jours et Omar, obligé de porter son partenaire tous les jours, commence par muscler son dos. Très charismatique, il peut enfin montrer l’étendue de son talent : son humour, son naturel, son humanité et son déhanché sur Boogie Wonderland.

Assez démago, pas toujours très fin, Intouchables vaut surtout pour ses acteurs, notamment Omar Sy, épatant en lascar vanneur. Lors de la sortie, la critique est pour le moins partagée. Certains journalistes parlent d’une « comédie populaire avec une métaphore sociale généreuse », d’autres décrivent une « œuvre relou », un « film de propagande », un « croisement inattendu de Joséphine Ange Gardien et du SAV »…

La critique la plus violente viendra du journaliste US Jay Weissberg, de Variety, qui accuse ouvertement le film de racisme. Quant à Omar, il est fier du regard « juste » et non-misérabiliste du film sur la banlieue, mais refuse d’endosser le rôle du porte-parole : « la banlieue, je la porte en moi. Je n’ai pas besoin de le crier sur les toits. » Lors de la sortie, Intouchables devient un phénomène de société.

Le public se rue dans les salles et le film bat des records pour terminer avec 19 millions d’entrées en France. Alors que le pays s’enfonce dans la morosité et dans une crise durable, Intouchables délivre un message d’espoir, assurant que tout est possible, comme l’amitié improbable de deux hommes que tout sépare. C’est le message qu’ont envie d’entendre des millions de spectateurs en France et à l’étranger, car en plus de secouer le box-office hexagonal, Intouchables va devenir le plus gros succès français à l’étranger de tous les temps avec 344 millions de dollars de recettes !

Omar sy dans jurassic world de colin trevorrow en 2015 © Universal Pictures

Omar avoue ne pas vouloir tourner un film américain « juste pour faire bien sur le CV »

Exil aux USA

Omar Sy devient une star. Maintenant, les scénarii s’accumulent sur sa table de nuit (il en reçoit dix par semaine) et en l’espace de quelques mois, Omar enchaîne Mais qui a retué Pamela Rose ?, du duo Kad et Olivier, Les Seigneurs, où il donne la réplique à Franck Dubosc, Gad Elmaleh ou Ramzy et bien sûr L’Ecume des jours de Michel Gondry, avec Audrey Tautou, Romain Duris, Gad Elmaleh

Avec De l’autre côté du périph, signé David Charhon (Cyprien), Omar joue la carte de la facilité avec une comédie proche du pitch d’Intouchables, à savoir deux persos que tout oppose vont parvenir à s’entendre, au-delà de leurs différences. Il incarne Ousmane, un flic de banlieue grande gueule et déconneur, obligé de coopérer avec Laurent Lafitte, le Michel Lebb 2.0, de la brigade criminelle de Paris, suite au meurtre de la femme du premier patron de France.

Les premières images de ce film, tourné juste avant le triomphe d’Intouchables, montrent un Omar survolté, proche d’Eddie Murphy dans 48 heures, qui sème sa zone dans l’univers feutré du huitième arrondissement (« Oh, un laquais ! »). Pas sûr que le public passe à nouveau à la caisse… Néanmoins, le producteur américain Harvey Weinstein en avait déjà acheté les droits pour un remake… 

Après le triomphe d’Intouchables, la consécration arrive lors de la cérémonie des César 2012. Omar souffle la statuette de Meilleur acteur à Jean Dujardin, pourtant ultra-favori pour sa performance dans The Artist. Omar est maintenant sur orbite. C’est la gloire. Dans le même temps, Omar décide d’arrêter le SAV et de quitter la France. Le melon ou plan de carrière ? Il s’installe, comme avant lui Dany Boon et Gad Elmaleh, à Hollywood et embauche Tracy Jacobs, qui s’occupe notamment de la carrière de Johnny Depp ou d’Harrison Ford, pour gérer ses intérêts dans la course aux Oscars.

Bientôt, Brett Ratner, réalisateur de X-Men 3, lui propose l’un des deux rôles principaux de son biopic sur le groupe pop Milli Vanilli. Quant à Intouchables, le film a été acheté par Harvey Weinstein – encore lui – et devrait faire l’objet d’un remake US avec Colin Firth dans le fauteuil roulant de Cluzet. « Je me suis installé ici pour trouver la paix parce que, à Paris, ça devenait très agité.» Il confie avoir retrouvé de petits plaisirs comme « aller faire les courses au supermarché, tranquillement » et se contente de vivre son rêve américain, avec au programme, « petit-déjeuner, déjeuner, dîner, dormir, passer du temps en famille et bronzer ! »

Omar avoue ne pas vouloir tourner un film américain « juste pour faire bien sur le CV », et rêve de remonter sur les planches avec Fred Testot et co-écrit une nouvelle comédie avec son pote du SAV.  Mais quel est le secret de ce colosse devenu une star en un an, avec un seul et unique film, et qui – à l’aube d’une carrière américaine – ne pense qu’à jouer avec son pote ? « Je suis né avec l’envie de rire », avoue-t’il en explosant de rire.

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