Michael Fassbender, de X-Men à François Ozon

Après un Terrence Malick et un polar, Michael Fassbender était revenu l’été 2019 aux grosses manœuvres sous les traits du Magneto de X-Men : Dark Phoenix, avant d’enchaîner avec le tournage de Malko Linge. Mais qui se cache réellement sous le casque ?

Michael Fassbender s’entend à peu près avec tout le monde. Steve McQueen – le réalisateur de Hunger, pas la star de Bullitt -, Quentin Tarantino, le cinéma hollywoodien, le cinéma d’auteur (« Pour des questions d’argent, l’un ne va pas sans l’autre. Si je n’avais pas tourné X-Men : Le commencement, je n’aurais jamais pu faire un film comme Frank. » disait-il en 2014), Daniel Day-Lewis, et même Marion Cotillard, sa partenaire dans le Macbeth quelque peu oublié de Julian Kurzel, réalisateur d’Assassin’s Creed, dans lequel il jouait en 2016, preuve s’il en est de sa compassion carabinée.

Fassbender, c’est l’acteur qu’à peu près tout le monde envie : pour son talent, son physique, sa capacité à s’insinuer dans n’importe quel projet tant qu’il soit à ses yeux stimulant (« Je ne peux pas avancer dans mon métier d’acteur sans prendre de risque. Je n’aime pas le confort, la sensation de ne rien tirer d’un rôle, d’une expérience. »), à se lever toutes ses partenaires, Casanova rouquin des plateaux, et même pour sa virilité, détail presque graveleux, que fugacement il dévoilait dans le sulfureux Shame (2011), autopsie de la vie cramée d’un obsédé du sexe.

De là en tirer une certaine arrogance ? Le marathonien des tournages, avec près de 35 films à son actif, rétorque : « Rien n’a réellement changé pour moi dans mon quotidien. Ma famille, mes amis m’aident à garder les pieds sur terre. Et, finalement, dans la rue, peu de gens me reconnaissent. » A se décourager du mec…

« Les Allemands ont une bonne éthique de travail. Les Irlandais, le goût des arts, de la culture et du récit. Je pense avoir hérité de ça dans mes gènes. »

De Hanks à Ozon

L’histoire de Michael Fassbender débute en 1977, dans le Baden-Wurttemberg, Allemagne de l’Ouest. Né d’un père allemand et d’une mère irlandaise, le futur interprète de Steve Jobs se retrouve vite en Irlande, à Killarney, où ses parents ouvrent un restaurant (« D’avoir grandi dans cet univers fait que je ne crains pas de me mettre derrière les fourneaux » livre-t-il). 

A 16 ans, attiré par le métier d’acteur, il s’inscrit dans un cours d’arts dramatiques mais jette l’éponge au bout de quelques semaines. Impatient, il rejoint une troupe de théâtre. « En fait, concède-t-il, c’est le cinéma qui m’influençait dans ma jeunesse. Les films avaient un impact considérable sur moi et je n’attendais qu’une chose, en avoir à mon tour sur le public. » Il lui faudra tout de même prendre son mal en patience.

Pour survivre, il travaille dans un bar, multiplie les petits boulots « en rêvant éveillé du métier d’acteur ». C’est à 24 ans qu’il démarre réellement à l’écran, dans a série Band of Brothers réalisée par Tom Hanks. Devenu une figure récurrente du petit écran (La Loi de Murphy, Hercule Poirot…) il apparaît enfin dans 300, péplum hybride inspiré d’une bande dessinée du très controversé Frank Miller. Un passage chez François Ozon (Angel), puis c’est la révélation Hunger, sous l’égide du cinéaste britannique Steve McQueen où il incarne l’activiste de l’Ira Bobby Sands mort dans la prison de Maze en 1982. Fassbender perd 14 kilos pour le rôle et obtient en retour le British Independant Film Award du Meilleur acteur en 2008. Il sourit : « Les Allemands ont une bonne éthique de travail. Les Irlandais, le goût des arts, de la culture et du récit. Je pense avoir hérité de ça dans mes gènes. Pareil que pour ce désir que j’ai de tout contrôler et, en même temps de tout envoyer balader. »

« Lorsque je me regarde à l’écran, c’est surtout pour voir où je n’ai pas été bon. »

Magneto rajeuni

« Ce que les gens disent ou écrivent sur moi n’influent rien mon quotidien. Cela peut sembler bizarre, je sais, mais j’ai arrêté de lire la presse. Je ne veux pas me focaliser sur les articles qui parlent de moi, que ce soit en bien ou mal. Parce que si vous ne vivez plus que pour ça, vous finissez par en crever. »

Depuis ces cinq dernières années, Michael Fassbender est devenu un des comédiens parmi les plus sollicités sur la scène internationale. « C’est un des meilleurs acteurs du monde » dit de lui Ridley Scott, une référence, qui l’a fait tourner dans Prometheus et Covenant, préquelles de la saga Alien, en 2012. Son rôle de Magneto « jeune », dans les pas du vénérable Ian McKellen, l’a introduit à un public large et familial. Sans pour autant le détourner de choix plus sombres ou intimistes : « L’être humain est complexe et j’aime jouer des personnages qui n’apportent aucune réponse spectateurs. Je ne suis pas en croisade morale. Et j’adore la provocation. » Dans ce dernier registre, il décroche la timbale avec Shame. « Si toutes les filles avaient envie de coucher avec moi après avoir vu ce film ? Je n’y ai jamais réfléchi. Je crois surtout que mon personnage était un type repoussant dans sa névrose sexuelle. Je doute qu’il puisse incarner un objet de fantasmes. »

Quentin Tarantino (Inglorious Basterds), David Cronenberg (A Dangerous Method), Steven Soderbergh (Piégée), Danny Boyle (Steve Jobs), Derek Cianfrance (Une vie entre deux océans)… Les plus grands metteurs en scène semblent ne plus pouvoir se passer de lui. Si les Oscars l’ont boudé à deux reprises (il a été nommé pour ses compositions dans 12 Years a Slave et Steve Jobs), l’homme peut néanmoins s’enorgueillir de stimuler à la fois l’imagination des réalisateurs et provoquer l’enthousiasme du public. Si lui-même apprécie de se voir à l’écran ? « Ça fait partie du travail, souligne-t-il, bien que ce ne soit pas toujours très agréable. C’est comme écouter votre voix sur répondeur téléphonique. Avec l’image en plus ! Lorsque je me regarde à l’écran, c’est surtout pour voir où je n’ai pas été bon. »

« Je toucherai le fond, je crois, lorsque je tournerai des scènes de sexe non simulées devant une caméra. »

Échecs et gloires

Jusqu’à il y a deux ans, Michael Fassbender a réussi un presque sans faute. Chef d’œuvre ou pas, échec ou pas, ses films se suivent sans (trop souvent) se ressembler, passant de grosses machines Marvel aux meilleurs représentants du cinéma d’auteur, et s’offrant par-dessus tout le luxe de la franchise (les séries de films, pas le trait de caractère), jackpot rêvé pour tous les comédiens de la planète. Assassin’s Creed arrivait ainsi à point nommé en 2016 entre deux trépidations chorales façon X-Men.

Le héros des millions de gamers à travers le monde s’offrait les traits du comédien pour une adaptation à 125 millions de dollars de budget (pour presque le double de bénéfice au box-office). A la sortie, Fassbender ironise sur son peu de goût pour les jeux vidéo : « Les rares fois où j’y ai joué, j’ai fini par m’endormir devant l’écran, à poursuivre la partie en rêve, les yeux fermés… » Insatiable, il reprend ensuite le chemin des studios, multipliant les genres et les styles comme à son (heureuse) habitude.

Un polar british avec Brendan Gleeson passé sous les radars (A ceux qui nous ont offensés), un nouvel – et lourd – opus d’Alien (Alien : Covenant), un énième Terrence Malick (Song to Song, difficilement supportable pour les yeux comme pour les oreilles), Le Bonhomme de neige signé Thomas Alfredson (Morse, La Taupe…) et étrillé par la critique… Sa boulimie de tournage atteint une forme d’apothéose qui semble, ces derniers temps, ne charmer ni critique ni public.

L’homme semble décidé à rectifier le tir et se redorer le blason sous les ors du box-office planétaire. Il rempile en Magneto dans le très sombre X-Men : Dark Phoenix de Simon Kinberg. « Il est devenu très machiavélique, révèle-t-il au sujet de son personnage désormais fétiche. Du fait de ce qu’il a enduré toute sa vie et de la rancœur qu’il a développée. Vous finissez par comprendre son extrémisme et ses motivations. »

En attendant de retourner sur le vaisseau Alien sous la direction de Ridley Scott (Alien : Awakening, projet abandonné par Neill Blomkamp et repris par le maître himself), sa carrière semble se poursuivre à la vitesse du cheval au galop. Au risque de se perdre ? « Je toucherai le fond, je crois, lorsque je tournerai des scènes de sexe non simulées devant une caméra. » Pas bête. Il en y a beaucoup qui seraient prêt(e)s à payer leur ticket pour voir ça !

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