Méchants chez 007, l’intelligence du mal !

L’emploi d’acteurs issus du cinéma d’auteur dans les pompes des super-méchants à abattre est la parfaite illustration que dans la saga 007, l’intelligence n’est pas la bienvenue.

Par Denis Brusseaux

Nul ne doute que l’agent 007 possède un Q.I. très au-dessus de la moyenne. Il n’y a qu’à voir avec quelle aisance il déjoue les stratagèmes les plus tordus, s’adapte à toutes les situations et bat ses ennemis sur leur propre terrain. Mais son intelligence n’est en rien comparable à la puissance cérébrale des méchants de la saga, qui appartiennent – le plus souvent – à une sorte de race de surhommes, au moins sur le plan intellectuel.

Certains sont si géniaux qu’ils ne peuvent se satisfaire de leur réussite sociale et financière, laquelle suffirait pourtant à contenter le plus ambitieux des mortels. Non, pour eux, le pouvoir n’est pas une fin en soi, il n’est que le moyen de concrétiser les fantasmes les plus délirants.

Ainsi, le très riche industriel Hugo Drax (Moonraker) souhaite effacer la race humaine et la remplacer par une nouvelle espèce, parfaite selon ses critères. De son côté, Auric Goldfinger aime l’or de manière quasi charnelle, et c’est pourquoi il veut posséder tout ce que la Terre contient de ce métal précieux. Elliot Carver (Demain ne meurt jamais) veut provoquer une guerre entre le Royaume-Uni et la Chine à seule fin d’en diffuser les images via son empire médiatique.

Sans oublier Ernst Stavro Blofeld, chef du SPECTRE, qui a su imposer l’image définitive du « mastermind » aux vues mégalomanes, toujours obsédé par l’idée de conquérir le monde. Bref, tous ces affreux veulent modeler le réel à leur convenance, se l’approprier tels des artistes hors normes.

christopher walken alias max l’infâme max zorin dans dangereusement votre de scott glenn en 1985

On pense en premier lieu à Christopher Walken, qui  a fait ses armes avec Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer), Sidney Lumet (Le Dossier Anderson) et David Cronenberg (Dead Zone) avant de se retrouver dans le rôle extravagant de Zorin, le magnat psychopathe de Dangereusement vôtre,

Des interprètes très « intello »

Pour incarner de tels énergumènes, les producteurs de la saga ont souvent fait appel à des acteurs issus d’un cinéma bien éloigné de celui de James Bond. Un cinéma d’auteur exigeant, parfois difficile, en tout cas par nature peu commercial, mais qui symbolise parfaitement la singularité des personnages.

On pense en premier lieu à Christopher Walken, qui  a fait ses armes avec Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer), Sidney Lumet (Le Dossier Anderson) et David Cronenberg (Dead Zone) avant de se retrouver dans le rôle extravagant de Zorin, le magnat psychopathe de Dangereusement vôtre, né d’expériences génétiques menées par les nazis.

Bien sûr, le physique extraterrestre de l’acteur est des plus adapté, mais c’est surtout son curriculum vitae de comédien qui le fait sortir du lot. Idem pour Robert Carlyle, acteur fétiche de l’expérimentateur Danny Boyle (Trainspotting, La Plage) et de la réalisatrice Antonia Bird (Vorace), qui joue le super-anarchiste Renard dans Le Monde ne suffit pas.

daniel craig et javier bardem, le gros méchant raoul silva dans skyfall de sam mendes en  2012 © Francois Duhamel / Danjaq, LLC, United Artists Corporation, Columbia Pictures Industries, Inc.

Javier Bardem amène avec lui un peu des frères Coen, de Michael Mann, de Woody Allen , de Pedro Almodóvar et de d’Alejandro Gonzales Inárittu 

La même logique est à l’œuvre dans Skyfall, avec la présence hautement « arty » de Javier Bardem qui amène avec lui un peu des frères Coen (No Country for Old Men), de Michael Mann (Collateral), de Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona), de Pedro Almodóvar (En chair et en os) et de d’Alejandro Gonzales Inárittu (Biutiful), pour ne pas tous les citer. Il faut dire qu’avec Bardem, le casting touche au sublime : non content d’être courtisé par les plus grands cinéastes, l’acteur est un étranger (comprenez non anglophone), ce qui lui apporte un cachet artistique supplémentaire.

Cet exotisme rattaché à l’intelligence explique sans doute la fréquence des comédiens hexagonaux au poste du cinglé de service : Michael Lonsdale, mais aussi Louis Jourdan (Octopussy) et Mathieu Amalric (Quantum of Solace) diffusent un doux parfum de Nouvelle Vague et de politique des auteurs, histoire de déstabiliser un Roger Moore puis un Daniel Craig particulièrement lourdauds.

On notera au passage que les films les plus quelconques de la série, ceux qui affichent le moins d’ambition et dont l’esthétique est la plus décevante, possèdent des méchants assez peu attractifs. Il faut dire que Robert Davi (Permis de tuer), Sean Bean (GoldenEye) ou encore Toby Stephens (Meurs un autre jour) ne possédaient pas, au moment du tournage, l’aura de leurs aînés. Le processus est même inverse : c’est James Bond qui a contribué à les faire connaître…

mathieu amalric alias dominic greene dans quantum of solace  de marc forster en  2008 © Sony Pictures Releasing France

Ces comédiens de talent ne font, au final, que s’ajouter à la longue liste des plus-produits dont James Bond fait la publicité

Une véritable caution qualitative

Les producteurs de James Bond font, avec leur casting de méchants, le calcul de ne pas s’enfermer dans le ghetto du blockbuster décérébré et se donnent une véritable caution qualitative, à l’heure où les films les plus exigeants parviennent à toucher un large public. Ces comédiens de talent ne font, au final, que s’ajouter à la longue liste des plus-produits dont James Bond fait la publicité, tout en profitant de leur notoriété. Une stratégie qui, tardivement, a été étendue aux réalisateurs eux-mêmes.

Elle est loin, en effet, l’époque où un seul homme – John Glen, pour ne pas le nommer – signait à lui seul tous les James Bond des années quatre-vingt (de Rien que pour vos yeux à Permis de tuer). Avec l’arrivée de Pierce Brosnan, la politique est désormais de changer de réalisateur à chaque opus. Mais le résultat déçoit, car les artistes sélectionnés s’avèrent en général dociles et formatés, même s’il s’agit de Lee Tamahori (L’Âme des guerriers) ou de Marc Foster (À l’ombre de la haine).

On risque de rêver encore longtemps à ce Casino Royale jusqu’au-boutiste que Tarantino voulait réaliser avec Pierce Brosnan. Son annulation en dit long sur la marge de manœuvre réellement accordée aux cinéastes qui se frottent à James Bond

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