Jamie Foxx, le fier !

Oscarisé pour Ray en 2005, il a du attendre 8 ans pour retrouver un rôle à la hauteur de nos ambitions. Dans Django Unchained, l’acteur y a marqué une étape importante dans la carrière d’un « black » à Hollywood. Rewind sur un diamant brut du cinema.

Par Christelle Laffin

« Tous les deux, trois ans sort un film sur l’Holocauste. Parce  qu’on veut que vous vous en souveniez, que vous vous rappeliez de ce que c’était. C’est quand, la dernière fois où vous en avez vu un sur l’esclavage ? » C’est LA définition que Jamie a choisie pour l’un des films les plus attendus de l’année 2013.

Il fait déjà partie du club VIP des 13 afro-américains à avoir décroché la statuette dorée dont le nom commence par un « O.» Mais depuis sa prestation de Ray, qui relevait limite de la réincarnation, il n’avait pas vraiment brillé dans un rôle « engagé. » Fier représentant des afro-ricains « qui n’en veulent », il a remplacé au pied levé Will Smith que Tarantino comptait encanailler en lui proposant le rôle de cet esclave embrigadé par un chasseur de prime Dr King Schultz (Christoph Waltz) pour retrouver un gang de tueurs. L’autre deal étant de sauver sa femme Broomhilda (Kerry Washington) des griffes de son nouveau maître, l’ignoble Calvin Candie (Leonardo di Caprio) sur la plantation duquel les femmes sont des objets, et les hommes, des jouets.

Django est un western à la sauce tarantinienne, donc un film de vengeance, à la violence guignolesque, mais aussi, comme le souligne Jamie dans Vibe, une plongée rare de nos jours dans le Sud profond et les horreurs de l’exploitation des noirs par les blancs. Pour Tarantino, Jamie Foxx s’est imposé dans le rôle de l’esclave viré cow-boy, pour lequel il se tirait la bourre avec la crème du « black Hollywood »: Idris Elba, Chris Tucker, Terrence Howard, M.K. Williams de Boardwalk Empire et Tyrese. «J’allais les soumettre à un parcours du combattant pour les départager, quand j’ai rencontré Jamie », explique Tarantino à Playboy Magazine, ce mois-ci. «C’est déjà un cowboy ! Il a un cheval, qu’il a monté dans le film. Et il est Texan. Il comprenait ce qu’être un outsider veut dire

Jamie Foxx en 2017 dans Baby Driver de Edgar Wright avec Ansel Elgort, Eiza Gonzalez et John Hamm – © Sony Pictures Releasing GmBH

Je rencontre des mecs qui me ressemblent, mais ils viennent de Londres ou du Sénégal. Contrairement à moi, on ne les a pas appelés « nègres » presque toute leur vie

Né noir en 1967 à Terrell, une petite ville à « 12 feux rouges » dans un Sud qui s’extirpait à peine de la ségrégation, Eric Marlon Bishop (Alias Jamie Foxx) avait définitivement des billes pour «faire Cosette», comme dirait Djamel Debbouze. Adopté à l’âge de 7 mois par des grands-parents qui avaient déjà adopté sa mère, il a été élevé « avec fermeté » par une mamie pieuse, qui le colle devant un piano à l’âge de 3 ans. A 15 ans, il empochait 300 $ dollars d’argent de poche par mois en accompagnant le Gospel à l’église. L’époque où, encore enfant de chœur, il rêvait de devenir… Lionel Richie !

Le racisme, Eric Bishop l’avait intériorisé, quand les notables blancs de la ville l’embauchaient pour jouer chez eux, pour une fête. «Si un copain black m’amenait en voiture, le patron exigeait qu’il reste dehors, « parce qu’il refusait d’en avoir deux à la maison en même temps. Trop « dangereux.»» Quand il décroche une bourse pour étudier le piano classique et la composition à l’Université Internationale de San Diego, il se sent un peu comme Django, libéré ! «Je rencontre des mecs qui me ressemblent, mais ils viennent de Londres ou du Sénégal.

Contrairement à moi, on ne les a pas appelés « nègres » presque toute leur vie. Quand je suis arrivé à Los Angeles, je disais à tous mes potes au Texas : «ici, on est libres ! On peut gagner l’argent qu’on veut.» C’est jouant le comique de cabaret qu’il commence payer le loyer. Jamie Foxx, l’alter ego « Superman » d’Eric Bishop « Clark Kent » est née un soir d’improvisation. Parce que Jamie avait remarqué que les filles, plus rares, étaient appelées à monter sur scène avant les hommes.

Remarqué sur scène, il progresse vers la télé en 1990. Embauché dans la série à sketches Living Colors, il y côtoie Jim Carrey en pitre débutant et Jennifer Lopez en « fly girl ». Déjà, il imite Ray Charles dans d’hilarantes parodies de ses pubs Pepsi. Mais lorsqu’il débute au cinéma, c’est pour jouer un personnage proche de son passé d’ailier de foot ricain au lycée (L’enfer du Dimanche, d’Oliver Stone) ou parce qu’un copain bien intentionné, en l’occurrence Will Smith, glisse un mot à Michael Mann pour l’embaucher.

Jamie Foxx tiendra le role de Prince Jean dans le Robin des Bois de Olto Bathurst avec Taron Egerton dans le role phare. Sur nos écrans le 26 septembre 2018. © Lionsgate

Morgan Freeman peut déjà se preparer à lui expliquer comment jouer… Dieu

A Hollywood, les olibrius comme lui, ne restent pas inaperçus très longtemps. Musicien, acteur, comique-imitateur, il passe donc du statut de faire-valoir en sourdine de Tom Cruise (Collateral) à star du biopic Ray. Depuis, Jamie a mangé de la malédiction « post-Oscar » assez répandue: comment retrouver aussi bien ? Car ni son violoniste Schizo et SDF du Soliste, ni ses seconds ou co-rôles dans des comédies gentillettes (Valentine’s Day, Comment tuer son boss) et films musclés (Miami Vice : Deux Flics à Miami, Jarhead, Le Royaume, Furtif) ont convaincu.

Si Django marque une nouvelle étape dans sa carrière, c’est aussi pour sa dimension didactique. Jaimie a fait venir ses filles sur la plantation où se tournait le film, « pour leur montrer ce que leurs ancêtres avaient dû endurer.» Il se bat toujours contre ce qu’il appelle «le résidu d’esclavage ancré dans l’ADN américain depuis 500 ans 2013 était définitivement son année «black pride ». Car ce fervent supporter d’Obama qu’il a récemment surnommé « notre Seigneur et Sauveur » à la barbe des chrétiens conservateurs, s’apprête à incarner le président des Etats-Unis dans White House Down, avec Channing Tatum. Puis à entrer dans le panthéon des méchants Marvel dans la peau d’Electro avec The Amazing Spider-man 2. Morgan Freeman peut déjà se préparer à lui expliquer comment jouer… Dieu.

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