Emma Stone : Arizona girl

Photo de couverture © Denis Makarenko

Actrice consacrée, oscarisée et désormais « 101 dalmatienisée », Emma Stone fut dans une autre vie une gamine ultra-angoissée. Focus sur le parcours sans erreur d’une « outsider » que personne n’a vu venir.

Par Sylvain Monier

Elle a les yeux vert émeraude d’une créature de manga et la voix délicieusement rauque d’une Lauren Bacall. Ajoutez à cela un corps plutôt fluet et un visage rond tout en pommettes qui font d’Emma Stone une star au physique particulier mais singulièrement « cinégénique ».

A la trentaine à peine dépassée, celle qui fut tour à tour vedette de teen-movies (Easy Girl), égérie de Woody Allen (The Magic in the Moonlight) puis star consacrée et oscarisée avec La La land est à l’affiche de Cruella de Craig Gillespie. Une prod Disney dans laquelle Emma Stone prend le relai de Glenn Close pour camper une Cruella qui évolue dans le milieu de la mode dans un Londres de la fin des années 70 secoué par le punk. Vivienne Westwood, sors de ce corps…

De quoi rappeler que la rousse possède cet art si délicat de manier les paradoxes en incarnant à la fois l’esprit de l’âge d’or d’Hollywood tout en projetant cette notion surannée dans une vraie contemporanéité. Comparée à Ingrid Bergamn par Damien Chazelle ou Diane Keaton par Woody Allen, Emma Stone, qui n’est ni la fille ou la nièce de Sharon Stone ou Oliver Stone, n’est pas une enfant de la balle. Loin, très loin de là puisqu’elle est née Scottsdale (Arizona) dans un environnement typique de la classe moyenne du sud des Etats-Unis. Celle qu’Hollywood aime tant moquer voire fustiger, parfois.

Papa est un ex-maçon qui a monté sa boîte et maman est mère au foyer. La maison familiale a été construite sur un terrain de golf et dans le jardin se baladent des scorpions ou des serpents à sonnette.

Il est vrai que là-bas, on vote en majorité pour le Parti républicain et on discute, le plus souvent, le flingue posé sur la table. Les parents de Emma Stone sont plutôt de ce bois-là mais en mode très détendus. Papa est un ex-maçon qui a monté sa boîte et maman est mère au foyer. La maison familiale a été construite sur un terrain de golf et dans le jardin se baladent des scorpions ou des serpents à sonnette.

Le teint de porcelaine d’Emily Jean Stone (son nom à l’état-civil) sied mal à la chaleur accablante des environs, et la gamine de se réfugier, la plupart du temps, dans la pénombre climatisée de la maison où la petite fille blonde, qui arbore un appareil orthodontique, regarde les films Steve Martin, Will Ferrell ou John Candy en compagnie de son paternel qui l’initie aux grands noms de la comédie US.

Malgré cette ambiance « à la coule », Emma Stone se révèle une enfant anxieuse sujette à des crises d’angoisse assez pétrifiantes. Un mal que la famille va parvenir à juguler grâce à un psy qui conseille à Emma de suivre des cours de théâtre et d’improvisation. Une riche idée au point de vouloir faire de l’acting son métier.

Et à 15 ans, bien décidée à devenir actrice, Emma Stone réussit à persuader ses parents qu’il est temps pour elle d’arrêter l’école et de partir à Los Angeles en leur projetant un PowerPoint dans le salon familial. Soit un petit montage vidéo avec en bande son le titre Hollywood de Madonna où il est prouvé par A +B et exemples à l’appui en quoi ce serait une bonne idée qu’elle s’installe, sans plus attendre, dans la « Cité des anges ».

« Je voulais devenir actrice à tout prix. Je sentais que je ne pouvais pas rester dans l’Arizona. Je ne voulais pas passer ma vie entre le désert et les galeries commerciales. »

« Je voulais devenir actrice à tout prix. Je sentais que je ne pouvais pas rester dans l’Arizona. Je ne voulais pas passer ma vie entre le désert et les galeries commerciales (…) J’ai convaincu ma mère de m’accompagner à Hollywood et de s’installer avec moi, le temps que j’y tente ma chance. »  (« Télérama », octobre 2015).

Suivront trois ans de galère, en mode Mia son personnage d’apprentie-actrice dans La la Land, entre castings ratés, petits rôles dans des séries jamais diffusées et job d’appoint dans une pâtisserie pour chiens (!).

Dans un autre registre, en parfaite geek, Emma fait du codage et façonne des sites internet pour arrondir les fins de mois.  « Ma pire expérience d’apprentie comédienne, je l’ai vécue lors d’une audition pour la série « Heroes ». Quand la fille qui était juste avant moi est passée, j’entendais tout à travers la porte. A un moment les directeurs de casting lui ont dit :
 »Sur une échelle de 1 à 10, vous valez 11, le rôle est pour vous. » La fille est sortie avec un sourire immense, c’était Hayden Panettiere… »

Celle qui ne s’appelle pas encore Emma Stone mais Riley Stone (eu égard au fait qu’il existe déjà une Emily Stone dans le circuit) puis Emily J. Stone (à la Michael J. Fox) ne se laisse pas abattre pour autant. Vers l’âge de 18 ans, Emma fait ses premières apparitions dans Malcolm, Medium et surtout Lucky Louie, la sitcom de Louis C.K., le nouveau génie (à l’époque) de l’humour new-yorkais — avant les révélations concernant son penchant pour la pignole au bureau en pleine réunion.

En corollaire, elle casse la baraque, à 19 ans, dans SuperGrave de Greg Mottola, une comédie produite par Judd Apatow qui devient un succès planétaire. En prenant la place de Lindsay Lohan dans l’emploi de la petite rousse à la fois sexy et garçon manqué (propre à susciter l’intérêt du puceau/geek/gras du bide), Emma Stone multiplie les contrats dans les teen-movies et la voie du succès est tracée.

La suite on la connaît : après le carton planétaire de The Amazing Spider Man, Stone va intelligemment changer de registre en devenant la nouvelle égérie de Woody Allen (passage obligé en ce temps-là, révolu depuis) pour mieux rafler l’Oscar de la meilleure actrice en 2017.

Considérée comme la meilleure comédienne de sa génération, elle devient en conséquence l’actrice la mieux payée du circuit avec des gains atteignant cette année-là 26 millions de dollars selon « Forbes ».

Considérée comme la meilleure comédienne de sa génération, elle devient en conséquence l’actrice la mieux payée du circuit avec des gains atteignant cette année-là 26 millions de dollars selon « Forbes ». De quoi surpasser sa collègue Jennifer Lawrence et rejoindre la prestigieuse écurie Louis Vuitton en mode VRP de parfum.

Une opulence synonyme de liberté qui lui permet de passer d’un exigeant Yoros Lanthimos (La Favorite en 2018) à un poilant Retour à Zombieland (2019) tout en se permettant juste avant de bider avec Batttle of the sex de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Pas de quoi perturber cette désormais jeune mère de famille qui a définitivement laissé derrière elle les crises d’angoisse de son enfance. Le monde étant définitivement Stone.

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