Valérie Kaprisky : « Mes films et moi »

Baby doll sensuelle et sauvage du cinéma français des années 80, elle s’est ensuite faite plus discrète. Valérie jouera d’ici début 2021 dans Le dernier Mercenaire une comédie d’aventure avec Jean-Claude Vandamme (Netflix). De Sergio Leone à William Wyler, cette cinéphile sensible et fine évoque avec nous ses films favoris et revient sur les points forts de sa carrière.

Par Christelle Laffin

“Mes films à moi”

04 – Il était Une fois en Amérique 

De Sergio Leone (1984)

« Ma scène préférée ? Celle où un garçon qui veut découvrir les joies de l’amour dans les bras de la fille « facile » du quartier lui apporte un gâteau, dans l’espoir qu’elle lui fasse peut-être une petite gâterie en retour. Il attend son tour dans l’escalier devant sa porte. Il s’impatiente, décide d’ouvrir la boîte à gâteau, goûte la chantilly, y revient…et le finit ! La gourmandise du petit garçon a pris le dessus sur le désir d’être un homme. Tellement de choses racontées juste avec un gâteau. Je suis touchée par les films qui ont la nostalgie de l’enfance, de cette période « entre deux », où on s’accroche encore à ses peluches, mais où on a déjà envie d’être grand. »

03 – Gloria

De John Cassavetes (1980)

« Je zappais l’autre soir et je suis tombée dessus, je me suis dit “Je me lève tôt demain, je tourne, je regarde 30 mn”. Et bien sûr, j’ai regardé jusqu’au bout. Il y a une telle spontanéité, une telle authenticité dans le cinéma de Cassevetes, toujours avec de la poésie et des personnages lumineux… »

02 – Peau d’Âne

De Jacques Demy (1970)

« Un immense souvenir. Je le rejouais chez moi… Je suis retournée le voir sur grand écran à la rétrospective Jacques Demy à la Cinémathèque, en 2013. J’ai retrouvé toutes mes émotions intactes ! Et je me suis rendue compte que je connaissais encore toutes les chansons par cœur. Quand j’ai joué avec Jacques Perrin dans l’Année des Méduses, je n’ai jamais osé lui avouer que j’étai raide dingue amoureuse de lui depuis toute petite après l’avoir vu en prince dans Peau d’âne. »

01 – Vacances Romaines

De William Wyler (1954)

« Mon premier souvenir de cinéma… à la télé. J’ai grandi à Cannes, on regardait Télé Monte Carlo avec mon père. Le soir, ils passaient deux films en noir et blanc. Vacances Romaines a été ma première grande émotion. Je suis restée fan d’Audrey Hepburn à vie. Après il y a eu Gene Tierney, Marilyn Monroe, Bardot…. Je regardais énormément de films des années 50 et 60 et beaucoup des films de guerre avec mon père, car il avait fait la Seconde Guerre Mondiale et cela lui rappelait cette période ».

Ma filmo à moi

04 – Milena

De Vera Belmont (1991)

« La Gitane (de Philippe de Broca, 1986) une comédie que j’avais tournée avec une grande envie de changer de registre, n’a pas rencontré le succès que nous espérions. J’ai décidé de prendre tout mon temps pour mon rôle suivant, Milena Jesenska, journaliste et écrivaine anarchiste tchèque, qui avait entretenu une correspondance passionnée avec Kafka. Je me suis préparée comme une documentaliste ! J’étais devenue incollable, au point où la réalisatrice me disait : tu es saoûlante, tu en sais plus que moi”. Et le film, hélas, est sorti pendant la Guerre du Golfe. J’étais tellement déçue, car j’avais investi tellement dans ce rôle, j’en attendais tellement. »

03 – La Femme Publique

D’Andrezj Zulawski (1984)

« Un parcours initiatique. Par rapport à la direction d’acteur, je n’ai jamais autant appris qu’avec Andrezj Zulawski. Comment composer un personnage, ne plus avoir peur de la démesure… C’était d’autant plus intéressant que dans la vie, Zulawski était comme moi, très calme mais il aimait pousser les acteurs à l’hystérie. Je suis plutôt timide et effacée, et là je devais exprimer quelque chose de très violent, aussi avec mon corps. On m’a envoyée à Londres faire un stage avec la chorégraphe du Crazy Horse, Molly Molloy. C’était une catastrophe, j’avais les genoux en dedans, je n’y arrivais pas… C’est la danse africaine, que je pratiquais assidûment depuis des années, qui m’a finalement le plus aidée à exprimer physiquement la rebellion du personnage, son côté « guerrière ». »

02 – L’Année des Méduses

De Christopher Franck (1984)

« C’est ma rencontre avec Christopher Franck qui m’a le plus marquée. Même sur le plateau, on sentait que c’était un écrivain. Tout était dans le non-dit. Il avait une façon de diriger très douce, dans l’économie de mots. Devenu culte pour son érotisme, l’Année des Méduses en fait un film d’auteur. Les gens n’ont pas vu sa dimension littéraire. Mon personnage, cette fille très mal dans sa peau, agressive, qui se sert de son corps pour faire du mal aux autres, mais surtout à elle-même, était à l’extrême opposé de qui j’étais. Mais le film a tellement bien marché qu’il m’aurait fallu enchaîner sur un aussi grand succès pour que « Chris » ne me colle pas à la peau. Franck était quelqu’un de très profond. Je garde une grande tendresse pour lui. »

01 – A bout de Souffle, Made in U.S.A 

De Jim McBride (1983)

« Je venais d’apprendre que je n’allais pas jouer « Elle » dans l’Eté Meurtrier (Valérie avait été embauchée à la place d’Isabelle Adjani qui hésitait à cause des scènes de nu. Mais Adjani avait accepté au dernier moment, ndlr). Je suis donc arrivée au casting d’A bout de Souffle Made in U.S.A., qui se tenait à Paris, avec une attitude nonchalante. Meurtrie que Jean Becker ne me l’ait même pas annoncé personnellement, échaudée par le fait que des fois, “cela ne se fasse pas”, même avec un contrat. Je me suis dit : “Je vais garder la tête froide, même si j’auditionne avec Richard Gere.” Et je pense que c’est comme ça que j’ai remporté le morceau. Ils me font revenir le lendemain et là le producteur et impresario de Barbra Streisand, Marty Erlichman, me prévient “On va te faire venir à L.A. pour un essai, mais c’est pas sûr encore que tu aies le rôle.”

Juste avant de partir, je vais au cinéma voir One from the Heart de Coppola, avec Nastassia Kinski et Tom Waits. Arrivée à Los Angeles, on vient me chercher à l’aéroport, Château Marmont, le rêve… On me conduit au studio pour le screen test, chez Zoetrope Studio (l’ancienne boîte de prod de Coppola, ndlr). J’avais 19 ans, j’étais un bébé et je jouais les dures pour me protéger. Et là, je me retrouve dans les décors de One from the Heart, qui n’étaient pas démontés depuis le tournage.

Je me suis sentie comme Mia Farrow dans La Rose Pourpre du Caire. La traversée du miroir, en plein Hollywood ! J’ai perdu mon sang froid, je suis partie en live. (Rires). J’ai commencé à avoir un trac fou pour l’essai. Une scène d’amour avec Richard Gere ! Vous êtes à moitié nue, vulnérable, entourée de gens qui vous aspergent d’eau pour donner l’impression que vous transpirez de désir…Et moi je tremblais comme une feuille. Tout sauf sexy ! Mais je l’ai décrochée. »

Le festival de Télévision de Monte Carlo

C’est sur le Rocher, dans le cadre du festival de télévision de Monte Carlo que nous avons rencontré Valérie Kaprisky. Le pionnier des festivals du genre avait été créé par le Prince Rainier pour permettre à son épouse Grace Kelly d’y convier ses amis hollywoodiens, stars de ciné et de télé.

Depuis plus d’un demi-siècle, le gotha du petit écran mondial s’y presse donc chaque année en juin pour concourir dans la compétition récompensée par les fameuses Nymphe d’Or.

Qui succèdera à Michael Douglas, lauréat de l’édition 2019 de la Nymphe de Cristal pour l’ensemble de sa carrière télévisuelle, de ses débuts dans les Rues de San Francisco en 1972 à La Méthode Kominsky sur Netflix ? Ou à Patricia Arquette, Nymphe d’Or de la meilleure actrice pour son rôle saisissant dans Escape à Dannemora (Canal+) ?

La réponse à l’issue de la 60ème édition du festival, qui se tiendra du 18 au 22 juin 2021.

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