BRAD PITT EN 10 FILMS

Il aura illuminé la fin de l’été 2019 dans Once Upon a Time in… Hollywood et philosophé dans l’espace avec le (faux) film de science-fiction de James Gray, Ad Astra, voici le portrait en dix films d’un acteur qui se livre peu dans la presse mais qui donne tout à l’écran.

 Par Marc Godin

Depuis plus de trente ans, Brad Pitt s’offre une des plus belles carrières d’Hollywood. Producteur avisé, acteur exigeant, il a très vite refusé de capitaliser sur son image de bogoss pour tourner avec des pointures comme Terrence Malick, David Fincher, Alejandro Iñàrritu, Terry Gilliam, James Gray, Quentin Tarantino, Steven Soderbergh, les frères Coen ou Ridley Scott« Martin Scorsese a une formule pour parler de l’alternance entre films de studios et projets plus personnels : “Un pour eux, un pour moi”. Pour ma part, j’essaie de ne faire que des films pour moi. C’est trop dur, sans ça. Si le cœur n’y est pas, le film ne marchera pas. C’est comme en amour. Je pars du principe que si j’aime quelque chose, il y en aura bien d’autres pour aimer ça aussi. »

A l’arrivée, Pitt s’affirme comme un acteur particulièrement subtil, une star qui irradie l’écran, à l’affiche de plusieurs grands films aussi différents que Se7en, Cartel, Tree of Life ou L’Assassinat de Jesse James. « On reçoit les cartes qu’on reçoit, et on m’en a distribué de très bonnes, voilà tout. »

10 – 1991 – THELMA ET LOUISE

De Ridley Scott

C’est le 18 décembre 1963 que William Bradley Pitt est né à Shawnee, Oklahoma, grandissant ensuite dans le Missouri dans un univers 200% péquenot (« Tu as vu Gummo, de Harmony Korine ? C’est comme un documentaire historique sur l’endroit où je suis né »).

Son père, Bill, gérant d’une entreprise de transports routier, et sa mère, Jane, conseillère d’éducation, élèvent leurs trois enfants (Brad a un frère, Doug, né en 1966 et une sœur, Julie, née en 1969) selon les stricts principes du catholicisme baptiste. Plaquant sa fac de journalisme, option pub, à deux doigts du diplôme, Brad Pitt part pour la Californie afin de devenir acteur. Arrivant sur Sunset Bd avec 325 dollars en poche, il cumule les petits boulots : livreur de frigos, chauffeur de strip-teaseuses, poulet géant pour la chaîne El Pollo Loco… C’est dans un spot pour Levi’s que Ridley Scott le remarque et fait de lui le cow-boy orgasmique de Thelma et Louise. La fusée Brad est lancée, direction, l’infini et au-delà.

Il a dit

« Deux acteurs devaient jouer le rôle, puis s’étaient engagés ailleurs. Sans ces deux désistements, rien ne serait advenu pour moi. »

09 – 1995 – SE7EN

De David Fincher

Après son rôle de serial killer dans Kalifornia puis Entretien avec un vampire où il partage l’affiche avec Tom Cruise, Brad tourne la première fois avec le surdoué David Fincher. Il est question d’un tandem classique (le vieux flic désabusé et le jeune chien fou) confronté à un tueur en série machiavélique et plutôt taquin. Résolument désespéré, le film est un pur objet de mise en scène, un modèle de stylisation et de noirceur. Une date dans l’histoire du thriller.

Il a dit

« J’ai dit au studio que je ne tournerai le film que si la tête était dans la boite. C’était contractuel. Mon personnage doit abattre le tueur à la fin. Il ne doit pas faire le bon choix, il réagit de manière passionnelle. »

08 – 1999 – FIGHT CLUB

De David Fincher

Quatre ans plus tard, Brad Pitt retrouve David Fincher pour cette adaptation du bouquin culte de Chuck Palahniuk. A la fois pamphlet punk, objet pop rutilant, critique de la société de consommation à 90 millions de dollars, cette comédie zinzin avec une narration chaotique est bercée par les phrases–mantra de Palahniuk (« Les choses que l’on possède finissent par nous posséder »). En 2019, le film tient toujours la route, avec un final apocalyptique qui annonce le 11 Septembre et l’effondrement du World Trade Center.

Il a dit

« Je n’ai jamais vu un film comme Fight Club. C’est un film philosophique, théologique, métaphorique, c’est un monstre, un bombardement d’informations. Je n’avais jamais lu un scénario pareil. Il faut vraiment le voir deux fois ! »

07 – 2007 – L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES

De Andrew Dominik

Après la série des Ocean (11, 12 et 13) et des grosses machines hollywoodiennes comme Troie ou Mr & Mrs Smith, sur lequel il rencontre Angelina Jolie, Pitt produit et tourne sous la direction du réalisateur néo-zélandais Andrew Dominik un western lyrique, élégiaque, beau comme un film de Terence Malick. Plus qu’un film, c’est un poème, une ballade triste, avec un Pitt hallucinant, mutique, dans les bottes du « brigand bien-aimé », ennemi des banquiers et des propriétaires de chemins de fer, défenseur des petits fermiers exploités.

Il a dit

« J’ai été captivé par la poésie de cette histoire. Et elle me parlait intimement. Je viens de la même région du Missouri que Jesse James. Je connais les paysages, les atmosphères. Je comprends les inflexions et les rythmes de cet endroit. Il s’est opéré une connexion instinctive. J’ai grandi avec la légende de Jesse James. C’est une figure incroyablement populaire. Je dois être le trentième acteur à l’interpréter !
J’ai toujours vu ce film comme un vin d’exception. Il fera son effet avec le temps… Je ne m’inquiète pas trop pour l’avenir de L’Assassina de Jesse James. »

06 – 2011 – LE STRATEGE

De Bennett Miller

Après Inglourious Basterds signé Quentin Tarantino et L’Etrange histoire de Benjamin Button, Pitt s’engage dans une histoire de base-ball. Sauf que le film est ciselé par deux des plus grands scénaristes américains : Steven Zaillian (La Liste de Schindler) et Aaron Sorkin, (The Social Network ou la série A la Maison Blanche). Pitt incarne de Billy Beane, l’entraîneur d’un club fauché qui choisit des bras cassés plutôt que des stars. A l’arrivée, Le Stratège parle moins de base-ball que du déclin moral de l’Amérique et de nos rêves brisés.

Il a dit

« Le base-ball est sacré chez nous. Les Américains entretiennent un rapport très particulier avec ce sport, qui peut carrément les rendre dingues. Mais je crois savoir que vous, les Français, n’êtes pas non plus très nets avec votre football… Le Stratège est une histoire comme je les aime sur des outsiders, où les petits s’attaquent à un système qui les écrase en essayant d’abattre des murs à mains nues. Billy Beane, le manager des Oakland Athletics que j’incarne, est passé pour un hérétique lorsqu’il s’est élevé contre tout le monde et a dit : « Je ne peux pas concourir dans ces conditions. Arrêtons de dépenser des sommes astronomiques n’importe comment, mettons l’argent là où il y a de la valeur ! »

05 – 2011 – THE TREE OF LIFE

De Terence Malick

Entre le poème et la prière, The Tree of Life est une expérience non-verbale, comme 2001. Terrence Malick dépeint des âmes et parle directement à la vôtre. On est dans un cinéma immersif, un trip, une expérience sensorielle, un voyage tellurique au cœur de l’enfance. Malick capte des sensations, des odeurs, des mouvements, des instants que l’on croyait oubliés à jamais, et vous les tatoue sur vos rétines. Palme d’or à Cannes.

Il a dit

« Terry et moi parlions depuis des années d’un autre projet sur lequel nous travaillons toujours. The Tree of Life était un film anti conventionnel et Terry avait besoin d’un soutien supplémentaire. Je me sens privilégié qu’il ait pensé à moi. Je l’ai rencontré la première fois pour le casting de La Ligne rouge. Je n’avais pas été pris. Le film ne souffre pas de mon absence et nous sommes devenus amis. »

04 – 2013 – WORLD WAR Z

De Marc Forster

WWZ, c’est l’exemple type de l’accident industriel hollywoodien avec 11 producteurs, au moins 5 scénaristes, 46 assistants réalisateurs, une sortie repoussée de six mois, de nouvelles scènes retournées pour la bagatelle de 50 millions de dollars, une star et son réalisateur qui ne s’adressent plus la parole, et une fin alternative imaginée par Drew Goddard, poulain de l’écurie J.J. Abrams. Bref, le truc sentait le zombie avarié. Pourtant, à l’arrivée, WWZ est un excellent blockbuster, deux heures de pure apocalypse avec Brad Pitt et plein de morceaux de zombies dedans.

Il a dit

« Je voulais faire un film que mes garçons aimeraient et ils adorent les zombies. »

03 – 2013 – CARTEL

De Ridley Scott

Avant d’être un film de Ridley Scott (76 ans), Cartel est un film du romancier Cormac McCarthy (80 piges) qui a écrit le scénario – des dialogues et presque aucune description, quasiment du théâtre – qui l’a produit et qui était tous les jours sur le tournage. McCarthy nous plonge, comme dans La Route ou No Country for old Men, dans une atmosphère de fin du monde, crépusculaire, au bord de l’implosion, avec des âmes damnées qui errent entre le Texas et le Mexique pour un deal de poudre ou une partie de baise. Le mal règne sur terre, les hommes ont été métamorphosés en bêtes, en monstres. Il ne reste plus que le business, le sexe, quelques questions philosophiques et en bout de course, des prédateurs et leurs proies apeurées, la mort et quelques lamentations. Cartel est un vrai, un grand film noir, avec une pléiade stars. Mention spéciale à Brad Pitt en cow-boy philosophe qui cite Goethe, Platon et ne parle que par énigmes.

Michael Fassbender a dit

« Brad, pour moi, c’est d’abord un type très généreux. Après le tournage d’Inglourious Basterds, il a donné mon nom à des réalisateurs, à des agents… Il n’était pas obligé de faire ça, mais c’est dans sa nature. Au-delà d’être un immense acteur, c’est un producteur précieux, une figure essentielle de l’industrie et un type vraiment brillant. Sans lui, on n’aurait jamais fait 12 Years a Slave. Il s’assure que les grands cinéastes puissent travailler dans de bonnes conditions et que les jeunes talents aient la possibilité d’émerger, parfois en dehors du circuit commercial. J’ai vraiment énormément d’estime et de respect pour lui. »

02 – 2019 – ONCE UPON THE TIME IN… HOLLYWOOD

De Quentin Tarantino

2019 est l’année Brad Pitt et l’on parle déjà de lui pour les Oscars 2020. Dans la lettre d’amour au cinéma signée Tarantino, il incarne la doublure cascade de Leo DiCaprio. Sanglé dans son ensemble en jeans, lunettes d’aviateur, il est l’incarnation même de la coolitude. Très souvent mutique, le sourire en coin, il passe son temps à conduire sur Hollywood Boulevard, se paie un striptease sur un toit et fait bouffer les hippies par son pitt (le chien).

Il a dit

 « Mon personnage habite près d’un drive-in. J’ai grandi dans le Missouri, dans ce que j’appelle le pays de Huckleberry Finn, près de la ligne Mason-Dixon qui est la ligne de démarcation entre les Etats abolitionnistes du Nord et les Etats esclavagistes du Sud, où se sont depuis développés les télévangélistes. J’habitais à quelques rues d’un drive-in, et je dormais régulièrement chez un ami dont la maison donnait sur un écran géant. Autant vous dire que j’ai saisi d’emblée les ressorts de mon personnage…
Je vois Rick et Cliff comme une seule et unique personne, une personne qui doit accepter sa situation, le lieu où elle vit, ses problèmes. Rick doit faire face à la vie, dans plus grande déprime que l’on puisse imaginer. Cliff a dépassé cette phase de profonde déprime, il est en paix avec lui-même, il accepte ce que la vie lui offre. Ce sont deux personnages qui ont à voir avec l’acceptation. »

01 – 2019 – AD ASTRA

De James Gray

En 2016, Brad Pitt doit jouer dans le film d’aventures The Lost City of Z de James Gray, mais renonce en raison d’un problème d’emploi du temps. Il est remplacé par son clone, l’inexpressif Charlie Hunnam, mais officie en tant que producteur délégué, via sa société Plan B. Trois ans plus tard, les deux hommes se retrouvent pour Ad Astra, faux film de SF, mais vrai voyage intérieur, trip psychanalytique, intimiste et philosophique, avec un Brad Pitt, de plus en plus économe de son art, bouleversant de force résignée.

Lors de la sortie du film, l’acteur a expliqué au New York Times qu’il ne comptait pas accepter d’autres rôles pour le moment, étant « intéressé par d’autres choses », comme la sculpture ou l’aménagement paysager. « Quand tu sens que tu as finalement réussi à embrasser quelque chose, il est temps de se tourner vers quelque chose d’autre. »

James Gray a dit

« Brad est un acteur particulièrement subtil, à un point que je n’aurais jamais pu imaginer. Il est extrêmement intelligent, très astucieux, il appréhende parfaitement le comportement humain. D’une certaine manière, et c’est fou de dire ça, je pense que c’est un acteur sous-estimé. Sur le plan technique, surtout. Et c’est un plaisir de travailler avec quelqu’un de cette trempe… »

Et SEE tu partageais cet article ?

Découvrez notre boutique

+ de SEE snack

aidez See-mag à rester gratuit, sans pub et indépendant !