Robert Redford : « Il est peut-être temps pour moi de passer à autre chose ? »

photo de couverture © Leila MOGHTADER

Le lendemain de la 44e édition des César, Robert Redford était l’invité d’honneur de la Cinémathèque. Après la projection de Les Hommes du président, la star de 82 ans a parlé pendant une heure lors d’une master-class exceptionnelle, à la fois passionnante et émouvante.

Par Marc Godin

Il y a de l’électricité dans la grande salle Henri Langlois de la Cinémathèque ce 23 février. Les places se sont envolées en quelques secondes et 400 fans transis attendent leur idole, Robert Redford, après la projection des Hommes du président (1975).

La veille, Robert Redford a reçu un César d’honneur, mais aujourd’hui, il semble en retard. De fait, la voiture qui le conduisait samedi après-midi de l’hôtel Meurice à la Cinémathèque s’est retrouvée bloquée dans les manifestations des Gilets jaunes. Enfin arrivé, Robert Redford a troqué son smoking de la veille pour un petit pull bleu ciel, un jean et il arbore un sourire radieux, semblant ravi de cet hommage des cinéphiles français

Robert Redford reçoit un César d’honneur le 22 février 2019 © Leila MOGHTADER

Les Hommes du president

En juin 1972, je faisais la promotion de Votez McKay, de Michael Ritchie, un film où l’on montre que l’on élit les gens pour des raisons cosmétiques, pour leur look. Dans un train pour cette promo, des journalistes politiques discutaient tout bas. Ils venaient d’apprendre le cambriolage de Larry O’Brien, président du comité national démocrate. Quand je leur ai demandé d’enquêter, ils m’ont traité de naïf qui ne savait pas comment ça marchait à Washington. Pour eux, l’affaire serait enterrée par Richard Nixon, un président très vindicatif, qui menaçait la presse. Les Hommes du président est né à ce moment-là.

« J’adore Meryl Streep, mais la Katharine Graham qu’elle incarne dans Pentagon Papers, de Steven Spielberg, est bien loin de celle que j’avais en tête. »

Katharine Graham, la directrice du Washington Post, m’a demandé de renoncer aux Hommes du président. J’ai refusé, mais j’ai accepté de faire disparaître son personnage. Ce qu’elle a finalement regretté. J’adore Meryl Streep, mais la Katharine Graham qu’elle incarne dans Pentagon Papers, de Steven Spielberg, est bien loin de celle que j’avais en tête.

J’ai produit Les Hommes du président car je voulais avoir une maîtrise sur le contenu politique du film et m’assurer que personne ne puisse venir altérer ce message. Ce n’est pas un film sur Nixon, mais une œuvre sur la recherche de la vérité. Ces jeunes journalistes se sont transformés en enquêteurs pour révéler la vérité au monde. J’ai embauché Alan J. Pakula pour la mise en scène, car j’adorais son travail et sa curiosité, son esprit.

Dustin Hoffman et Robert Redford dans Les Hommes du président d’Alan J. Pakula – 1975 © DR

L’histoire est très compliquée, il y a des intrigues, des sous-intrigues, de nombreux personnages. Le challenge, c’était que cela ne soit pas trop compliqué pour le public. Il fallait aller au cœur de l’histoire, enlever tout le gras. C’est pour cela que nous avons ces deux journalistes qui font du porte-à-porte pour obtenir des bribes d’infos et peut-être la vérité, avec des témoins apeurés qui ne veulent pas leur répondre.

« Au fur et à mesure, Dustin et moi sommes devenus très proches ; nous avons pu commencer à improviser et il y a toujours quelque chose d’authentique dans l’improvisation. »

Sur le plateau, il y eut beaucoup d’improvisation grâce à ma proximité avec Dustin. J’ai pas mal traîné avec Dustin et nous avons fréquenté les vrais journalistes, Bob Woodward et Carl Bernstein. Au fur et à mesure, Dustin et moi sommes devenus très proches ; nous avons pu commencer à improviser et il y a toujours quelque chose d’authentique dans l’improvisation. Nous savions parfaitement les répliques de l’autre, ce qui nous permettait de nous interrompre ou de faire chevaucher nos dialogues.

Je suis fier d’avoir embauché Jason Robards, un comédien extraordinaire. Le studio ne voulait pas de lui car il avait des problèmes de boisson à l’époque. J’ai alors annoncé que je ne ferais pas le film sans Jason. Ils l’ont embauché, il a été formidable et il a gagné un Oscar pour sa performance.

PAUL NEWMAN

Qui est Paul Newman ? (rires) Je dois ma carrière à Paul Newman ! C’est Newman qui m’imposa dans Butch Cassidy et le kid. J’avais 29 ans, je n’étais pas connu. Lui avait la quarantaine et était une grosse star. Le réalisateur George Roy Hill m’avait proposé d’être Butch Cassidy, mais le rôle qui m’intéressait était celui du Sundance Kid. Je m’étais identifié au personnage, un outlaw qui, comme moi, ne respectait aucune règle, discutait l’autorité.

Quand j’ai rencontré Paul pour la première fois, je lui en ai parlé. Il était d’accord et a dit « Je jouerai Butch Cassidy et Redford jouera le Kid» La Fox a refusé, voulait un acteur plus célèbre, mais Paul, George Roy Hill et le scénariste William Goldman se sont battus pour moi. C’est grâce à eux qui je suis à l’affiche de ce film.

Master-class du 23 février 2019 à la Cinémathèque © Marc Godin

L’ARNAQUE

Il y a un paradoxe. Dans Butch Cassidy, je joue le beau ténébreux, dans L’Arnaque, c’est exactement le contraire et j’incarne l’extraverti, alors que Paul est plus en retrait, plus réservé.

SYDNEY POLLACK

Il avait été comédien et donc il comprenait parfaitement les acteurs, il savait les diriger. Je lui faisais une confiance absolue, cela m’a permis d’être libre en tant qu’acteur, de tenter des choses. Nous avons tourné sept films ensemble, dont Les 3 jours du condor ou Jeremiah Johnson.

Le studio accepta de financer Jeremiah Johnson quand on a fait baisser le budget de 5 à 3 millions de dollars, en installant le tournage dans ma propriété en Utah, un lieu sauvage et merveilleux où j’avais un ranch. C’est comme cela que Sundance est devenu Sundance.

Robert Redford dans Jeremiah Johnson de Sydney Pollack – 1972 © DR

L’AVENIR

Je n’ai pas de projet en tant que metteur en scène. J’ai débuté à 21 ans, je vais en avoir 83. Peut-être est-il temps pour moi de passer à autre chose ? Le moment est venu de revenir à ce que je faisais avant d’être comédien, c’est-à-dire artiste.

C’est pour cela que je suis aussi heureux d’être ici, à Paris. Parce qu’à 18 ans, tout ce que je voulais, c’était être peintre, devenir artiste. Alors je suis venu en France étudier l’art et peindre. Bien sûr, j’ai abandonné pour devenir acteur, et ça a été une belle vie, mais je l’ai fait assez longtemps.

Je suis satisfait de mes carrières d’acteur et de réalisateur. Il ne faut jamais dire jamais, que vous ne jouerez ou ne réaliserez plus jamais, car vous ne pouvez pas savoir. Mais quand j’ai dit que je me retirais du métier d’acteur, je voulais dire que je souhaitais aller dans une nouvelle direction.

Remerciements à Elodie Dufour

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