Mon festival de Gérardmer 2020

Depuis 27 ans, le festival de Gérardmer prend la température du cinéma fantastique. Cette année, le festival a eu lieu du 29 janvier au 2 février 2020, et le thermomètre a failli imploser, notamment grâce à d’excellents films, dont le multi-primé, Saint Maud. Notre journaliste Marc Godin y était, ambiance.

Par Marc Godin

Tous les ans, dans cette petite station des Vosges, où sommeille un lac majestueux, un public nombreux et enthousiaste prend les salles d’assaut, et les habitants, notamment 600 bénévoles, vivent au rythme du festival et de l’horreur.

Pendant cinq jours et cinq nuits (ça se passe aussi la nuit, au bar du Grand Hôtel), dans une ambiance survoltée, on peut découvrir une dizaine de films en compétition, des rétros, des curiosités, ou même des documentaires.

Cette année, parmi les docs, Gérardmer présentait Leap of Faith : William Friedkin on The Exorcist, un des nombreux docs sur le tournage de L’Exorciste.

Cette année, parmi les docs, Gérardmer présentait Leap of Faith : William Friedkin on The Exorcist, un des nombreux docs sur le tournage de L’Exorciste. On connait déjà quasiment tous secrets du classique de Friedkin mais Alexandre O. Philippe se révèle absolument pertinent quand il interroge Friedkin sur la musique ou ses influences picturales (Magritte, Rembrandt…).

Photo extraite de Leap of Faith : William Friedkin on The Exorcist,

Egalement au programme, une belle rétrospective de films fantastiques français (Jan Kounen, Christophe Gans, Marc Caro, Marina de Van ou Cattet & Forzani…), une Nuit Hammer (avec le formidable Dr Jekyll & Sister Hyde) et des excellentes surprises comme The Lodge, de Veronika Franz (madame Ulrich Seidl à la ville) et Severin Fiala, le duo autrichien de l’extraordinaire Goodnight Mommy (2014) qui cisèle un huis-clos glacial et dérangeant sur la cohabitation houleuse entre des mômes et leur future belle-mère, passablement secouée, pris au piège dans un chalet enneigé.

La compétition

Parmi les dix films en compétition qu’Asia Argento et son jury ont dû départager, on peut citer le très dépressif Répertoire des villes disparues, du Canadien Denis Côté, sorte de remake dépressif des Revenants au Grand Nord. Le très raté Howling Village, du réalisateur japonais de The Grudge. Simplement incompréhensible, comme le prix du jury qu’il a récolté…

Il est question d’un veilleur de morts dans la communauté juive orthodoxe de New York qui va passer une petite nuit en enfer avec culpabilité, fantômes et créatures maléfiques.

On passe aux choses sérieuses avec The Vigil, premier film de Keith Thomas tourné en… 18 jours, pour un budget ridicule et avec des effets spéciaux usinés sur le plateau. Il est question d’un veilleur de morts dans la communauté juive orthodoxe de New York qui va passer une petite nuit en enfer avec culpabilité, fantômes et créatures maléfiques. Un festival de scènes horrifiques (le veilleur reçoit sur son téléphone un petit film qui le montre endormi, une main caressant ses cheveux) et de jump scares qui a valu au film d’être acheté par Jason Blum qui va le distribuer aux Etats-Unis.

Découvert à la semaine de la critique à Cannes, Vivarium, de l’Irlandais Lorcan Finnegan, est le grand oublié du palmarès, un conte de fées surréaliste où Jesse Eissenberg et sa compagne se retrouvent pris au piège d’un lotissement cauchemardesque qu’ils ne parviennent jamais à fuir. C’est supérieurement réalisé, troublant comme une nouvelle de Richard Matheson, bourré d’idées horrifiques ou flippantes (le trottoir qui se soulève), bref, Vivarium s’impose comme une splendide découverte et on attend de pied ferme le prochain film de Lorcan Finnegan.

Un triomphe pour Saint Maud

Comme Mister Babadook ou It follows, un film a pulvérisé la concurrence, collé les spectateurs au fond de leurs fauteuils et mis tout le monde d’accord : Saint Maud.

Comme dans plusieurs films de l’édition 2020, il était question de religion dans ce portrait d’une infirmière à domicile, la très pieuse Maud, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Ou presque… 

Derrière la caméra, la Britannique Rose Glass, 30 ans, adopte le point de vue de son héroïne et le spectateur navigue bientôt à vue entre réalité et délire mystique.

Au service d’une chorégraphe atteinte d’un cancer en phase terminale, Maud est complètement dévouée à sa patiente, mais entre deux conversations avec dieu, elle décide bientôt de sauver l’âme en perdition de la malade, qui n’en demandait pas tant… Derrière la caméra, la Britannique Rose Glass, 30 ans, adopte le point de vue de son héroïne et le spectateur navigue bientôt à vue entre réalité et délire mystique.

Photo extraite de Saint Maud.

Saint Maud est un chemin de croix d’1H 23, une plongée vertigineuse dans la psyché torturée de son héroïne, avec en bonus une séquence horrifique d’une puissance tellurique qui m’a terrassé pendant de (très) longues secondes, alors que je me demandais – en frissonnant – si moi aussi je n’étais pas victime d’une hallucination. Au-delà de l’angoisse ! Lors du palmarès, Saint Maud a raflé le Grand Prix du jury, celui de la meilleure musique originale, le trophée de la jeunesse et le prix du jury de la critique (dont l’auteur de cet article faisait partie).

Un triomphe, la révélation d’un talent éclatant pour une œuvre inoubliable, qui devrait sortir en salle entre la fin du mois du juin et le début de juillet.

Le palmarès complet

Grand Prix : Saint Maud de Rose Glass (Royaume-Uni)
Prix du Jury : Howling Village de Takashi Shimizu (Japon)
Meilleure musique originale : Adam Janota Bzowski pour Saint Maud de Rose Glass
Prix de la critique : Saint Maud de Rose Glass (Royaume-Uni)
Prix du public : 1BR : The Apartemen de David Marmor (Etats-Unis)
Prix du jury jeunes de la Région Grand Est : Saint Maud de Rose Glass (Royaume-Uni)
Grand prix du court-métrage : ibbuk de Dayan D. Oualid (France)

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