Larcan Finnegan : « On nous vend une vie idéale mais c’est un cauchemar »

Un jeune couple se retrouve prisonnier d’un pavillon de banlieue. Sorti seulement quatre jours en salles avant la fermeture des cinémas, Vivarium – film de confinement ultime – arrive en VOD. Décryptage avec son réalisateur Larcan Finnegan.

Propos recueillis par Marc Godin

Après un petit tour à Cannes en 2019, Vivarium fût l’un des chocs du dernier festival du film fantastique de Gérardmer.

Œuvre singulière, paranoïaque, en forme de cauchemar, Vivarium raconte la descente aux enfers de Jesse Eisenberg et d’Imogen Poots, un petit couple de trentenaires à la recherche de leur première maison.

Accompagnés d’un agent immobilier au visage étrangement lisse, les tourtereaux visitent un lotissement en banlieue, Yonder, qui répond « à tous les besoins, tous les désirs ». Quand l’agent immobilier s’éclipse, ils se retrouvent pris au piège d’un labyrinthe de maisons, toutes identiques, tentent de s’échapper, mais tournent en rond dans leur voiture et reviennent invariablement devant la demeure-témoin. Ils s’y installent et bientôt, on leur livre un carton de nourriture, puis un enfant qu’ils doivent élever ! Et si la maison de leur rêve se métamorphosait en prison de cauchemar ?

Sorti en France le 12 mars 2020, Vivarium n’est resté que quatre jours à l’affiche, avant le confinement et la fermeture des cinémas. C’est dommage et injuste, car le film est une formidable réussite, la révélation d’un talent prometteur en plus d’être le film de confinement ultime.

Nous avions rencontré Larcan Finnegan à Gérardmer en janvier dernier. Contre toute attente, Larcan n’est pas américain mais… irlandais. 40 ans, cheveux noirs, barbe impeccablement taillé, Finnegan ponctue ses phrases d’un grand éclat de rires en descendant sa bière. Alors que le film arrive en VOD, voici quelques bribes d’une rencontre bien alcoolisée.

« Comme Vivarium était un projet cher à financer, 3, 5 millions d’euros, car formellement ambitieux, avec de nombreux effets spéciaux, j’avais besoin de vedettes pour rassurer les producteurs. »

Quel est votre parcours ?
J’ai suivi des études de graphisme à Dublin. Après quelques petits films avec mes potes skaters, j’ai réalisé en 2011 un court-métrage Foxes, avec plusieurs séquences intégrant des renards en animation. Je m’étais inspiré du boom immobilier de 2006 en Irlande, suite aux prêts faramineux des banques pour que les gens achètent leur maison.

Bien sûr, la crise économique de 2008 a jeté des milliers de personnes à la rue, des gens surendettés comme ma sœur, qui se sont retrouvées dans des complexes pavillonnaires abandonnées, vides, parfois inachevés, ou envahis par la nature.

Vous avez embrayé avec Vivarium ?
J’ai essayé de développer mon court en long-métrage. J’ai donc imaginé les grandes lignes de Vivarium, notamment un grand méchant, tout droit sorti d’un documentaire animalier sur les coucous qui m’avait particulièrement impressionné… 

Tous ces éléments ont constitué le film. C’est pour le moins bizarre quand on y pense ! En panne de financement, j’ai embrayé avec Without Name, un conte de fées psychédélique.

Comme Vivarium était un projet cher à financer, 3, 5 millions d’euros, car formellement ambitieux, avec de nombreux effets spéciaux, j’avais besoin de vedettes pour rassurer les producteurs. La comédienne Mackenzie Davis devait jouer dans mon film mais elle a été embauchée pour Teminator Dark Fate !

Imogen Poots était intéressée, nous avons parlé des heures, et on a lancé le nom de Jesse Eisenberg, avec qui elle venait de tourner The Art of Self-Defense. Elle lui a envoyé un mail et deux jours plus tard, Jesse m’a dit qu’il voulait me rencontrer à New York. Nous avons trainé ensemble, il a dit oui et nous avons pu enfin mettre notre film en chantier.

Le tournage a eu lieu en Belgique.
Et en Irlande pour les intérieurs. Nous avons tourné cinq semaines, un laps de temps très court. Sur le lotissement, nous n’avons construit que trois maisons, au lieu des douze prévues, dans un studio, à l’extérieur de Liège.

Il fallait être malin, changer les angles, la lumière, jouer avec ce que nous avions, puis métamorphoser le tout avec les mate paintings et les effets spéciaux. Nous devions réaliser un maximum d’effets spéciaux en direct sur le plateau, histoire de ne pas faire grimper l’addition. Les effets spéciaux ont été réalisés en Belgique et à Copenhague, avec un spécialiste qui bosse avec Lars Von Trier.

« Je n’ai jamais lu Richard Matheson, je ne connais pas ses livres. Mon influence première, c’est plutôt le film japonais La Femme des sables de Hiroshi Teshigahara. »

Votre film évoque un épisode de la série Twilight Zone ou une nouvelle de Richard Matheson, l’auteur de Je suis une légende et L’Homme qui rétrécit.
Je n’ai jamais lu Richard Matheson, je ne connais pas ses livres. Mon influence première, c’est plutôt le film japonais La Femme des sables de Hiroshi Teshigahara. Visuellement, je me suis inspiré de certains tableaux de René Magritte, comme le fameux L’Empire de la lumière, l’installation The Weather Project d’Olafur Eliasson et enfin les photographies d’Andreas Gursky ou de Gregory Crewdson

« Une fois pris au piège, nous travaillons toute notre vie pour payer nos dettes. »

On peut voir Vivarium comme un film fantastique, mais c’est également une fable extrêmement stylisée, un film politique entre Marx et Kafka, un brûlot anticonsumériste.
Devenir propriétaire n’est une aubaine que lorsqu’on se croit dans un conte de fées. Les publicités insidieuses vous promettent une « vie idéale », une version fantasmée de la réalité à laquelle nous finissons par aspirer. Elle devient presque l’appât d’un piège dans lequel nombreux d’entre nous sont tombés. Une fois pris au piège, nous travaillons toute notre vie pour payer nos dettes.

Ce contrat social est un accord étrange et tacite qui nous attire tels des aimants à lui. Des zones naturelles sont détruites pour laisser place à des rangées de maisons identiques, les véritables labyrinthes d’une société uniforme et morose. On nous vend une vie idéale mais c’est un cauchemar. Avec Vivarium, je donne un tour de vis, je ne fais qu’amplifier les choses pour montrer comment tout ceci est foutrement ridicule. Quoi de plus ridicule de bosser toute sa vie pour payer les intérêts de sa maison ? »

Quels sont vos projets ?
Nous avons terminé le premier jet du scénario de Nocibo. Cela se passe dans le milieu de la fast fashion, avec pour toile de fond l’exploitation de l’Asie par l’occident. C’est un film d’horreur centré sur une styliste qui pense avoir été mordue par une tique, avec une structure narrative à la Ne vous retournez pas.

A LIRE AUSSI : NOTRE CRITIQUE DE VIVARIUM

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