Vincent Cassel : « L’Amérique n’est pas une fin en soi. »

Dans Underwater, production américaine signée William Eubank, il combat aux côtés de Kristen Stewart une étrange créature venue du fin fond des océans. Entre Paris et Hollywood, Vincent Cassel poursuit une carrière atypique.

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso

Se peut-il qu’un jour ne vous vienne plus l’envie de travailler en Europe ?
Tourner en Amérique n’est pas une fin en soi. C’est le complexe des Français : dès qu’on tourne un film à l’étranger, plus particulièrement aux États-Unis, on passe dans une catégorie « supérieure ». Des conneries, ça ! Nombre de films européens, aujourd’hui, sont beaucoup plus intéressants que ceux produits par Hollywood. Continuer à travailler en France, pour moi, ça ne fait aucun doute. Je suis français et je me considère même comme un ambassadeur de la France à travers le monde. Réellement. Je peux dire du mal de mon pays à certains moments, mais lorsque j’entends parler en mal de la France, je suis le premier à « envoyer du bois ».

Comment définiriez-vous votre style de jeu?
Il y a un peu de moi, un peu de ce que je rêverais d’être et un peu de ce que j’aurais peur d’être. Un mélange de ma personnalité, de mes craintes et de mes désirs.

Êtes-vous soucieux de votre image à l’écran ?
Il y a des acteurs qui sont très attentifs aux rushes, etc. Moi, concrètement, ça me fait chier. Ça ne m’intéresse vraiment plus de me voir. Je le faisais plus souvent avant. Mais les films dans lesquels je joue, il faut au moins que je les vois une fois.

Entre le Visconto de Fleuve Noir, le Vidocq du Richet et le capitaine d’Underwater, il y a physiquement des différences notoires…
Le fait même de faire tellement d’efforts pour se transformer, se métamorphoser, changer la manière de se tenir pour un rôle., je pense que cela définit plus un personnage que les mots qu’il va prononcer. Eh bien, cette recherche chez moi, c’était une façon de ne pas s’accepter soi-même. Une volonté de vouloir toujours être quelqu’un d’autre et, à travers ça, d’essayer de me retrouver. Pour moi, c’est à travers le masque qu’on se révèle le plus…

A 53 ans, vous gardez une forme olympique à l’écran…
A mon âge, dans le meilleur des cas, à vous vous dites que vous avez fait la moitié du chemin ! Les choses prennent une tournure un peu plus définitive. Ce n’est pas compliqué : à partir d’un certain âge, la seule chose vraiment importante, ce sont vos enfants. J’aime ce que je fais, je le fais avec passion, mais ce qui marque par dessus-tout dans ma vie, ce sont eux. De savoir qu’ils vont bien et qu’ils continuent d’avancer dans la bonne direction. Sinon, d’un point de vue physique, il y a quelques petites douleurs. Mais comme me répétait mon père : « Si tu ne ressens pas de douleur au réveil, passé 50 ans, c’est que tu es mort ! »

 Quel genre d’histoire racontez-vous à vos enfants ?
Je ne leur lis pas d’histoires. Je les inventes ! Des histoires de petit lapin qui se fait poursuivre par des loups et, au moment où on pense que le petit lapin va s’en sortir, il se fait manger par un crocodile ! C’est très sanglant mais ça les fait beaucoup rire !

« Plus vous prenez des risques, plus le public vous pardonnera si vous faites un faux pas. »

Après le diptyque sur Jacques Mesrine, vous auriez pu opter pour une carrière taillée sur mesure. Cela a été tout le contraire : vous avez enchaîné des films tous très différents. Est-ce votre caractère qui vous a évité de tomber dans le piège de l’étiquette ?
Pour moi, la chose la plus importante dans ce métier, c’est le désir. Il n’y a qu’une chose qui vous est interdite : de vous ennuyer. Un acteur qui s’ennuie, c’est un acteur qui cachetonne. Et s’il cachetonne, il gonfle tout le monde, lui le premier. Il faut absolument que je sois sur des projets qui m’enthousiasment. Il m’arrive de me tromper, bien sûr. Dans ces cas-là, je redouble d’énergie pour essayer de m’amuser.

Ensuite, il ne faut pas abîmer le désir que les gens peuvent avoir pour vous. Comme je dis toujours : « Il n’y a pas d’acteurs, il n’y a que des actrices. » Nous avons besoin d’être constamment désirés. Par les metteurs en scène. Par les spectateurs. Sinon vous n’existez plus, vous n’avez plus de travail. La manière de garder ce désir intact, c’est d’être imprévisible. Alors, plutôt que de faire vingt fois le même film, j’essaye de surprendre au mieux, d’être là où personne ne m’attend. Après Jason Bourne, j’ai fait Gauguin. Puis j’ai joué dans L’Empereur de Paris, Hors Normes et me voilà dans Underwater. Finalement, plus vous prenez des risques, plus le public vous pardonnera si vous faites un faux pas.

Rêvez-vous parfois d’un nouveau César ? D’un Oscar un jour ?
Je ne suis pas le mec le plus primé du monde. Franchement, je m’en tape ! La vraie récompense, c’est lorsque les gens n’oublient pas. Qu’ils se rappellent, à la fin de leur vie, les films qu’ils ont vus. Aujourd’hui, nous sommes tellement bombardés d’histoires, d’images, de projets, que de se souvenir d’une scène, d’une réplique, d’un instant même, vingt, trente ans après, c’est ça la consécration.

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