Stéphane Bak : « Qu’est-ce que je fais là ? C’est incroyable !»

Photo de couverture © Maximilian König

Dans Roads, en salles le 17 juillet, le jeune acteur de stand-up campe un migrant en cavale à travers le Maghreb et l’Europe. Un rôle très sérieux par un habitué de l’humour.

Propos recueillis par Pierre Blast

Vous avez 22 ans. Votre carrière a débuté alors que vous en aviez 14. Quel regard portez-vous sur le chemin précocement parcouru ?
J’essaye de prendre du recul, de ne jamais me reposer sur mes lauriers. Cela fait huit ans que je travaille. Huit années qui ont été très formatrices. J’ai eu beaucoup de chance : j’ai appris avec les meilleurs profs. Au cinéma, j’ai pu avoir des petits rôles chez Paul Verhoeven, aux côtés d’Alain Chabat, etc. Voilà, lorsque je pense à ces années passées, je me dis que c’est beaucoup de boulot et aussi pas mal de veine. Et j’ai toujours envie de faire plus.

Stéphane Bak, acteur ambitieux ?
Je l’espère ! Sinon, il n’y a plus de motivation, de prise de risque. Par exemple, Roads, pour moi, c’était un vrai challenge. Je devais prendre un accent et puis il y a le sujet, celui des migrants, qui nous concerne tous. J’avais envie rendre justice au personnage du film. Roads n’est pas un film à message. Cela va au-delà de ça. La mission est plus grande. Et il fallait être apte à la relever. Et j’espère m’en être bien sorti.

 La langue étrangère, sur Roads, a-t-elle été un défi de plus pour vous ?
Non, parce que là encore j’ai été très chanceux. J’avais deux coaches formidables, un pour l’anglais, l’autre pour l’accent africain. Et puis, j’ai toujours été friand de culture anglophone. Je parle anglais, en autodidacte, depuis quelques années. Du coup, le challenge était, en amenant cet accent, de créer de toutes pièces le personnage de William, d’écrire sa vérité. C’est sa composition qui a été la plus ardue, plus que de maîtriser la langue. En plus, comme nous étions une équipe de tournage internationale, nous parlions anglais du matin au soir. Même plus français. Du coup, ça m’aidait pas mal à rester dans le bain…

« J’ai toujours l’impression d’osciller entre ma petite banlieue et des situations tout à fait improbables »

Roads tiendra-t-il une place particulière dans votre filmographie ?
Oui, parce que, déjà, j’ai concrétisé le rêve de jouer en anglais. J’avais vu Dunkerque et j’étais complétement fan de la prestation de Fionn (Whitehead). Et puis, grâce à Roads, j’ai eu la chance rencontrer le directeur de casting Philippe Elkoubi. Un grand homme. Paix à son âme. Il m’a permis d’accéder à des milieux qui, venant du stand-up, ne m’auraient pas forcément ouvert la porte. Sur le tournage, Sebastian (Schipper) a tout fait pour que ses comédiens soient à l’aise. Nous avons pu créer en paix totale. Humainement, d’aller à la frontière entre le Maroc et l’Espagne, où les migrants se font gazer jusque dans l’eau par la police marocaine, de se rendre à Calais pour voir ce que la police française fait réellement là-bas, cela été pour moi une vraie prise de conscience sur le monde et sur ce pourquoi je faisais ce métier.  Roads restera un incroyable parcours à la fois émotionnel et professionnel.

Aspirez-vous à une carrière internationale ?
Non. Je suis heureux en France et je continue à chercher des projets ici le plus souvent possible. Rêver ? Je l’ignore. Je suis plus dans le concret. Mais j’aime qu’un film voyage. Rencontrer les publics à l’étranger, voir leurs réactions… Du coup, s’il y a des opportunités de faire des films à l’international, je ne les refuserai pas. Parmi mes metteurs en scènes préférés, il y a beaucoup d’Anglais, d’Américains… J’adorerais pouvoir jouer dans toutes les langues. J’ai une vraie boulimie de tournage. Je suis juste friand de me retrouver sur un plateau et de tourner. Et cela dans toutes les langues possibles.

« Voir des acteurs que je connais depuis que je suis petit, regarder un film dans lequel je suis, c’est vrai qu’à un moment, il y a de quoi devenir schizo ! »

Quel regard portez-vous sur le milieu du cinéma ?
Je ne sais pas si j’ai vraiment la légitimité de donner mon avis sur le milieu dans lequel j’exerce. Je suis un jeune homme né dans le 93. Il n’y a pas beaucoup d’autres exemples tels que le mien dans cette profession. Ça reste, il est vraiment, un milieu assez élitiste, qui privilégie pas mal de familles, etc. Du coup, je reste totalement étranger à mon environnement. Je vis toujours au Blanc-Mesnil. Je suis tous les jours en banlieue, avec mes proches, et mon milieu n’a rien avoir avec celui du cinéma. Je me pose souvent la question : « Qu’est-ce que je fais là ? C’est incroyable ! Est-ce que ça va s’arrêter demain ? » Jamais je ne me sentirai réellement à ma place. J’ignore si j’étais prédestiné à ce métier, mais j’ai toujours l’impression d’osciller entre ma petite banlieue et des situations tout à fait improbables.  J’étais il y a peu au Festival de Tribeca présenter Roads. Dans la salle, il y avait Angela Basset, Matt Dillon… Voir des acteurs que je connais depuis que je suis petit, regarder un film dans lequel je suis, c’est vrai qu’à un moment, il y a de quoi devenir schizo !

 Comment garder la tête froide ?
Grâce à ma famille, la réalité de ma famille, aux problèmes également que je peux affronter dans la vie de tous les jours. Le fait d’avoir commencé jeune m’a permis de voir du pays. Et j’ai aussi la chance d’avoir toujours été un peu plus mature que mon âge. Il y a bien eu un moment où j’étais excité, où je voulais tout, tout de suite, mais j’ai commencé à me calmer vers mes 19 ans, à prendre du recul. Je me protège énormément. J’ai peu d’amis, en tout cas très peu dans le métier, et je veille à poursuivre une vie normale, loin du strass. C’est très facile de perdre la tête.

 Roads de Sebastian Schipper avec Stéphane Bak, Fionn Whitehead, sortie le 17 juillet.

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