Reda Kateb : « J’ai du mal à trouver de bons scénarios »

Il revient le 23 octobre dans Hors Normes signé du tandem à succès Olivier Nakache et Eric Toledano. En binôme avec Vincent Cassel, Reda Kateb vient en aide à de jeunes autistes. Pour See-Mag, le comédien parle art et engagement.

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso

Vous avez à la base une solide formation théâtrale. L’appel du cinéma a-t-il finalement été le plus fort ?
Le cinéma, c’est quelque chose dont, dès le départ, j’avais envie. Au lycée, je m’imaginais même plus réalisateur. J’ai signé un court-métrage intitulé Pitchoune. Peut-être un jour retournerai-je derrière la caméra. Mais je suis avant tout un acteur. Le cinéma, j’en ai eu donc envie dès le début. J’aime même été projectionniste lorsque j’étais étudiant pour être plus proche encore des films. Il a fallu attendre que mon désir rencontre celui de la caméra.

Comment s’est déroulé le tournage de Hors-Normes avec Vincent Cassel ?
Vincent, c’est une bête de cinéma et un excellent camarade de jeu. Avec lui, il est peu question de discuter des scènes. Mais, à l’instant T, toute se déroule parfaitement. Il est très ouvert, accepte facilement les propositions. Lui aussi a eu envie, comme moi, de s’immerger dans la générosité proposée par le scénario.

« Hors Normes gardera une place à part dans mon parcours »

Vous avez débuté à l’écran dans Le Prophète de Jacques Audiard en 2009. Dix ans de cinéma cette année. Votre plus belle expérience ?
Ce n’est pas parce que c’est à la faveur de cet entretien mais Hors Normes gardera une place à part dans mon parcours. Jouer avec ces personnes en situation de handicap, être ensemble face à la caméra, c’est aller au plus pur du geste du métier d’acteur. Ce sont des personnes qui n’ont jamais d’idées derrière la tête. Il n’y a pas, chez elles, le plaisir narcissique de l’acteur à se dire qu’elles sont en train de faire une belle performance, qu’elles vont être reconnues… Cette expérience m’a énormément enrichi dans mon rapport à mon métier et aux autres.

Et que gardez-vous de cette décennie passée sur les plateaux ?
Aucune nostalgie déjà. Je suis plutôt d’une nature optimiste. Il y aura toujours de nouveaux réalisateurs, des premiers films qui se feront. Je suis du genre à traquer la nouveauté mais j’avoue avoir beaucoup de mal à trouver de bons scénarios aujourd’hui. Je ne refuse pas les projets pour avoir plus de temps libre dans ma vie. J’essaye au contraire d’aller vers les choses les plus intéressantes que je peux trouver. Et c’est vrai que sur toutes histoires que je reçois, il n’y en a pas beaucoup qui retiennent mon attention. Quand elles ne me tombent pas des mains au bout de quelques pages ! Mais je reste à l’affût. Même quand un scénario pèche par l’écriture, je peux aussi miser sur la personnalité et la vision d’un réalisateur pour qu’il en sorte un film étonnant. Ce qui entretient ma curiosité, c’est qu’il y a une toute nouvelle génération de metteurs en scène qui est en train d’arriver et que je n’ai pas du tout envie de passer à côté.

Que faudrait-il améliorer ?
Je trouve que le cinéma manque de diversité. J’ai été pendant une année président de la Commission à la diversité au CNC justement dans cet état d’esprit-là : donner un coup de projecteur sur des personnes qui n’ont pas tous les codes ou toutes les armes pour évoluer dans ce métier. Des gens qui n’ont pas fait la Femis ou qui ne sont pas forcément issus de familles du cinéma.

« J’ai besoin de respirer un autre oxygène que le cinéma. »

Quel regard portez-vous sur votre profession ?
Le plus souvent, c’est un rapport de cousinage voire fraternel lorsque ça se passe bien. Là, je vous parle uniquement de comédiens et de comédiennes avec lesquels j’ai joué. Nous sommes tous par ailleurs très différents. Chaque acteur a son propre logiciel, sa propre petite cuisine. Pour ce qui est de la vie de tous les jours, j’ai bien quelques amis acteurs, mais je ne baigne pas du tout en permanence dans le milieu. J’ai besoin de respirer un autre oxygène que le cinéma. Je trouve cela dommage ceux de mes confrères qui deviennent des courtisans. J’ai l’impression qu’ils se privent d’une grande liberté.

« Je n’ai pas de fantasme de rôle. Si un jour ça m’arrive, je prendrai ma plume et j’écrirai un film. »

Qu’est-ce qui vous motive désormais ?
Tout d’abord un bon scénario. Et que le geste soit en accord avec le fond. J’essaye d’éviter au mieux les « truqueurs » dans ce métier. Je cherche la cohérence. Et de raconter de belles histoires. Les personnages aussi sont importants. Je cherche toujours le challenge. Lorsque j’ai joué Django Reinhardt, j’ai adoré passer un an à préparer ce rôle, à rêver avec lui, à me hisser vers des choses plus difficiles que ce que j’ai pu faire avant.

Pour finir, un rôle que vous rêveriez d’interpréter ?
Je n’ai pas de fantasme de rôle. Si un jour ça m’arrive, je prendrai ma plume et j’écrirai un film.

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