Keanu Reeves : “Je ne suis pas un dur”

Nous avions rencontré Keanu Reeves pour la promo de l’excellent et sauvage John Wick 2, il était accompagné de son réalisateur, Chad Stahelski. On a découvert un homme humble, drôle et cool, à mille lieux des autres grosses stars américaines.

Propos recueillis par Marc Godin

Cela semble maintenant évident que John Wick sera une trilogie. Quelle est la recette ?
Keanu Reeves :
Seulement trois films ? (rires) Pour l’instant, il y en a deux.
Chad Stahelski : Est-ce qu’il y a un secret dans la conception d’une bonne trilogie ? Il faut tout d’abord un personnage charismatique, plus grand que nature, et un univers passionnant. Et il ne faut pas oublier la narration. Regardez Star Wars, Le Seigneur des anneaux ou le légende du roi Arthur. Ce qui est important, c’est la façon de raconter l’histoire. Quand nous avons filmé le premier John Wick, nous avons ressenti que nous n’avions pas épuisé l’histoire de cet homme, on avait envie de poursuivre cette aventure, on savait aussi que le public nous suivrait. Il ne s’agit pas d’une simple suite, mais de dérouler une histoire avec une véritable ampleur dramatique.

Parlez-nous de votre entraînement physique.
Keanu Reeves :
L’entraînement ! (soupir, comme exténué). J’ai continué l’entraînement que j’avais commencé sur le premier, avec plus de judo, de ju jitsu, beaucoup plus d’entraînement avec des armes à feu et un peu avec des voitures. Ça a duré quelques mois.
Chad Stahelski : C’était beaucoup plus qu’il ne raconte. Et cinq ou six heures par jour !
Keanu Reeves : Noooooon, absolument pas.

Keanu, est-ce que comme Tom Cruise, vous aimez prendre des risques et faire vos cascades ?
Keanu Reeves : Je ne fais pas de cascades ! Ce sont les cascadeurs qui réalisent les cascades. Mais j’aime les scènes d’action et je veux en faire le plus possible. J’aime vraiment ça. Quand on incarne un personnage, cela aide de jouer les séquences un peu physiques, cela fait partie de la structure dramatique du film. C’est important pour mon jeu et pour les spectateurs qui voient que c’est vraiment de moi, cela devient une expérience immersive. Est-ce que j’ai autre chose à ajouter, euh… ?
Chad Stahelski : Certaines scènes de combat ne fonctionnent que si Keanu est vraiment à l’écran. Il y a certaines poses, prises, enchaînements où la personnalité de Keanu apparaît. Il est crédible et aussi génial que l’on a envie qu’il soit. Ces moments magiques révèlent sa force et sa personnalité. Et donc c’est important d’avoir un acteur qui fait tout cela devant la caméra.

keanu reeves sous la direction de chad stahelski sur le tournage de john wick 2 © Metropolitan FilmExport

Le film est sous influence directe d’Akira Kurosawa, de Sergio Leone pour le choix des focales, Bernardo Bertolucci pour les cadrages, et John Woo pour l’action.

Depuis des années, vous alternez gros blockbusters d’action et des films d’auteur, comme l’année dernière The Neon Demon. C’est un équilibre dont vous avez besoin ?
Keanu Reeves :
J’ai eu la chance l’année dernière de travailler sur John Wick : Chapter 2, mais également avec Nicolas Winding Refn. Ça me convient parfaitement car j’ai toujours voulu explorer différents genres.

Quand on regarde les deux John Wick, on pense évidemment à Matrix. Quelle est l’influence des sœurs Wachowski sur vos parcours en général et sur ce film en particulier ?
Chad Stahelski :
(qui a travaillé comme doublure cascade de Keanu sur la trilogie). Elles ont une énorme influence sur moi. Surtout sur la façon de créer un univers, avec une attention hallucinante sur les détails. Comment la moindre décision sur les costumes, le look du film, les cascades, l’action, le casting, tout, absolument concourt à construire un monde extraordinaire et le rendre crédible, assez en tout cas pour embarquer le public avec vous. Bosser avec elles sur la trilogie Matrix a été une sacrée expérience et m’a bien sûr influencé durablement.
Keanu Reeves : Il y a définitivement une influence. Mais surtout, Chad et moi sommes sortis de la même école Matrix. Nous avons vécu intensément cette expérience. Lorsque l’on bosse ensemble maintenant, on se comprend instinctivement. Nous avons un lien très fort entre nous, c’est peut-être cela l’influence Matrix
Chad Stahelski : Je dois ajouter que Matrix a peut-être été un des meilleurs moments de nos vies.

La course-poursuite entre Cassian et John Wick ressemble à celle de Running out of Time de Johnnie To. Est-ce que ce film a été une source d’inspiration ? Ou encore le cinéma de John Woo ?
Chad Stahelski :
Bien sûr. Le film est sous influence directe d’Akira Kurosawa, de Sergio Leone pour le choix des focales, Bernardo Bertolucci pour les cadrages, pour l’action, John Woo bien sûr, Yuen Woo-Ping (chorégraphe de Matrix ou Kill Bill)…
Keanu Reeves : …les films d’animation japonais, le cinéma coréen…
Chad Stahelski : …le cinéma asiatique en général, Jean-Luc Godard, le cinéma américain des années 70, la trilogie du Dollar de Sergio Leone bien sûr. Nos influences sont très old school. Nous voulions faire un film très 70’s, avec un look contemporain. Et look moderne vient bien sûr des Wachowski

keanu reeves DANS john wick 2 © Metropolitan FilmExport

Les Italiens – je ne voudrais pas que les Français se froissent – portent vraiment bien l’habit et ont des looks incroyables…

Pour rester dans Matrix, comment Laurence Fishburne est arrivé sur John Wick ?
Keanu Reeves :
Je suis ami avec Laurence et l’on se voit plusieurs fois par an pour discuter de la vie. Lors d’une de nos rencontres, Laurence m’a avoué qu’il avait adoré le premier John Wick. Et moi, je me suis dit « Vraiment ? ». Quand je lui ai demandé s’il voulait nous rejoindre pour le 2, il m’a dit de lui envoyer le script. J’ai appelé tout de suite Chad et je lui ai dit (il se met à chuchoter) : « Putain, Laurence Fishburne veut lire notre script ! » (rires)
Chad Stahelski : Je lui ai fait parvenir en moins de trois secondes. Et il nous a dit oui ce même jour. Quand nous avons écrit le personnage du Bowery King, c’est vraiment Laurence Fishburne que nous avions en tête. Mais je ne pensais pas qu’il aurait pu être intéressé par le rôle. Ce fut un très bon week-end…

La scène finale de baston dans la salle avec tous les miroirs a t-elle été un cauchemar à mettre en scène ?
Chad Stahelski :
C’est notre hommage à Opération dragon, avec Bruce Lee, bien sûr. On l’a tourné en live, et également avec un peu de post production. On voulait une grosse scène d’action, excitante, intelligente, artistique. On a pensé qu’un musée serait un décor génial pour un gunfight d’enfer, et que les miroirs pourraient décupler l’action, comme une installation de musée. Pour le tournage, on a essayé de redoubler d’imagination pour tourner le maximum en direct, avec le moins possible d’effets spéciaux. Quand on n’avait plus d’idées ingénieuses pour éviter les reflets dans les miroirs, on a eu recours aux ordinateurs. Mais vous seriez surpris du nombre de scènes que l’on a mises en boîte directement sur le set.

Un personnage comme John Wick peut-il rester monolithique, comment le voyez-vous  évoluer ?
Keanu Reeves :
J’aime beaucoup son chagrin, sa peine. Il se sent piégé. Quand il doit reprendre les armes, il se met à hurler, et redevient très calme, concentré. C’est toute l’essence de John Wick : un homme à la fois fort et vulnérable. Où va t-il aller ? Ce qui va rester, c’est que c’est un homme passionné, avec un trauma. Disons qu’il a un passé chargé… (rires)

Qu’avez-vous en commun avec John Wick ?
Chad Stahelski 
: Keanu est obstiné, c’est un dur.
Keanu Reeves : Je ne suis pas un dur. En tout cas, j’espère que je suis John Wick quand je suis sur le plateau. Je ne sais pas… J’aime beaucoup l’incarner. Je me retrouve dans son chagrin, cette volonté car quand il est à terre, il se relève toujours, son humour décalé.
Chad Stahelski : Et bien sûr l’élégance et les bonnes manières de gentleman. (Keanu secoue désespérément la tête).

Pourquoi avec-vous tourné à Rome ?
Chad Stahelski 
: Nous voulions étendre l’univers de John Wick, qu’il devienne plus majestueux. Faire découvrir que dans la mythologie John Wick, il y a un hôtel Continental à New York, mais aussi dans toutes les grandes villes, comme la pègre qui gangrène les plus grandes capitales du monde. Rome a ce mélange incroyable de moderne et d’ancien. John Wick puise ses racines dans les mythologies grecque et romaine et donc cela avait du sens que l’action se passe ici. Et sur le plan esthétique, on voulait quelque chose de très flashy. Les Italiens – je ne voudrais pas que les Français se froissent – portent vraiment bien l’habit et ont des looks incroyables… Et je peux ajouter que le prochain épisode va se dérouler à… Paris ! (il sourit comme si c’était une boutade) ? En tout cas, le scénario est en développement. Nous avons des idées, et nous voudrions qu’Ian McShane ait un plus grand rôle, introduire de nouveaux personnages…

On parle déjà d’une série TV sur John Wick qui serait un prequel. Qu’en savez-vous et qui pourrait vous incarner jeune ?
Keanu Reeves : C’est OK ! C’est la vie (en français).
Chad Stahelski : Le studio Lionsgate pense que c’est une bonne idée et aimerait décliner John Wick en série, car la mythologie fonctionnerait parfaitement en format télé. C’est le début de l’aventure, c’est en développement, et comme c’est un projet qui nous est cher, nous aimerions être intégrés créativement.

Et un spin off sur d’autres personnages ?
Chad Stahelski :
Mais John Wick les a tous tués !

Combien il y a t-il de morts dans John Wick 2.
Chad Stahelski :
Plus que dans le 1. Il vous faudra revoir le film pour faire le « body count » (il y a 141 morts, note du rédacteur, psychopathe et comptable).

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