James McAvoy : « Le plus dur à jouer, c’est la Bête ! »

En promo pour Glass, nous avions rencontré M. Night Shyamalan et son acteur James McAvoy, ils étaient revenus sur Incassable, Split et avaient livré quelques petits secrets de fabrication.

Propos recueillis par Marc Godin

Glass reprend les personnages d’Incassable et de Split. Le premier était distribué par Disney, le second par Universal. Avez-vous eu de problèmes pour les droits ?
M. Night Shyamalan :
Cela s’est passé étape par étape, et chaque étape était comme un acte de foi. Avec Split, je voulais que le film fonctionne de façon autonome, que cela soit un véritable thriller. J’ai demandé à Disney de pouvoir utiliser le personnage de Bruce Willis à la toute fin, pour le raccord à Incassable. J’ai été très étonné qu’ils acceptent, car c’est Universal qui allait sortir Split. Ensuite, j’ai écrit Glass mais j’ai attendu de voir si Split marchait en salles avant de le mettre vraiment en route. Lorsque j’ai su que je pouvais entreprendre Glass, j’ai dû demander aux deux studios l’autorisation de mettre en scène leurs différents personnages. Disney possède les personnages d’Incassable, Universal ceux de Split, ils sont 100% à eux ! Je leur ai demandé la permission en leur précisant que j’assurerais le financement moi-même – un petit budget – et qu’ils pourraient distribuer Glass. Je leur ai dit que cela pourrait devenir un petit film vraiment dément et ils ont accepté ! J’ai vraiment eu de la chance et je me demande encore aujourd’hui comment c’est possible.

James McAvoy : Quand j’ai lui le script de Split, j’ai trouvé que Night se faisait une petite référence à Incassable et j’ai trouvé ça plutôt cool. En faisant les répétitions, j’ai commencé à voir les liens avec le personnage de David Dunn, mais je ne comprenais pas tout, je faisais juste semblant d’avoir compris. Puis Night a évoqué de la possibilité de tourner Glass, mais vous savez, en tant qu’acteur, on vous parle de tas de projets et cela ne se concrétise jamais. Mais cette promesse est devenue petit à petit réalité et c’est merveilleux de voir toutes les difficultés que nous avons dû surmonter pour que Glass existe, pour que tout s’assemble et fonctionne.

Bruce Willis et Samuel L. Jackson dans Incassable de M. Night Shyamalan – 2000 © Gaumont Buena Vista International (GBVI)

James, vous interprétez plus de 20 personnages. Lequel a votre préférence ?
James McAvoy :
Dans Split, c’est Patricia que je préfère et dans Glass, Hedwig, le petit garçon de neuf ans. Par ailleurs, j’ai un faible pour un petit rôle : celui du narrateur, le gars qui raconte sa propre vie à la troisième personne. Il est vraiment très cool.

à lire : notre critique de Glass

Y aura-t-il une suite à Glass, comme la fin le laisse penser ?
M. Night Shyamalan :
J’adore laisser le film comme incomplet, de façon à ce que le spectateur puisse participer et achever l’histoire lui-même, remplir les béances que la narration peut laisser. Plusieurs de mes films préférés fonctionnent de la sorte. J’aime l’idée que vous retourniez au parking, après la projection, en vous posant des tas de questions, que l’histoire vive encore en vous. Que la fin de Split avec Bruce Willis interpelle le spectateur, comme celle de Glass et que le spectateur se demande où il se trouve. Néanmoins, pour vous répondre précisément, je crois que j’en ai fini avec ces personnages et qu’il est temps pour moi de passer à autre chose.

« Voir le même personnage naturellement plus vieux de 18 ans est vraiment quelque chose de puissant. » M. Night Shyamalan

Les scènes les plus hallucinantes du film proviennent d’Incassable : la scène entre Bruce Willis et son fils et celle du train. Avez-vous eu l’idée d’inclure des images d’Incassable très en amont dans le scénario ?
M. Night Shyamalan :
Absolument. C’était incroyable parce que ces scènes que nous avions coupées au montage pour Incassable ont toujours été dans ma tête. J’étais persuadé qu’elles pouvaient être intégrées à Glass si je l’écrivais de la bonne façon. Nous étions très enthousiastes à l’idée de les intégrer au film parce que le public n’en croira pas ses yeux. Dans une scène, vous voyez un jeune garçon et dans la suivante, il a 25 ans. Il n’y a aucun contenu généré par ordinateur, c’est réellement la même personne. Et c’est pareil avec Bruce Willis. Voir le même personnage naturellement plus vieux de 18 ans est vraiment quelque chose de puissant. J’avais même ajouté une troisième scène coupée, mais je l’ai retirée au dernier moment du montage parce que le suspense devait demeurer tendu. Bruce parle à un prêtre après le déraillement du train. Il lui demande pourquoi il a survécu, le sens de tout cela. Le prêtre lui répond que cela ne veut rien dire, il s’énerve, lui répond qu’il a eu juste de la chance. Et le prêtre s’effondre en disant : ‘‘Mon neveu de 12 ans était dans ce train avec vous, sa nuque a été brisée et il est mort. Voulez-vous insinuer que seriez l’Élu ?’’ Et il s’effondre en larmes. C’était très puissant, je voulais vraiment l’inclure dans Glass, quand David doute de ses super-pouvoirs. Mais la scène était tellement dramatique, tellement triste, que je l’ai coupée une nouvelle fois. Dans un thriller, vous devez avancer selon les lois du thriller et aller de l’avant.

M. Night Shyamalan, James McAvoy et Bruce Willis sur le tournage de Glass – 2019 © The Walt Disney Company France

Vous arrive t-il d’avoir l’angoisse de la page blanche ? 
M. Night Shyamalan :
La page blanche, c’est ce qui me stimule. Dans quelques jours, je vais rentrer chez moi à Philadelphie, Glass sera sorti, la promo sera terminée et quel que soit l’accueil qui lui sera réservé, je passerai à autre chose. Et ce sera moi devant mon cahier. Je sais déjà ce que sera mon prochain scénario, enfin, je suis tout près d’avoir toute l’histoire. Mais je n’ai pas encore le sentiment que ce prochain film est une nécessité absolue pour moi. Je force les idées à venir et j’ai peur qu’au final cette idée ne s’impose pas. Peut-être que je perds mon temps… Elle est là, mon angoisse de la page blanche, mon cauchemar.

En ce moment, je note une multitude d’idées pour voir, sans imaginer une cohérence dans une histoire : une femme qui fait telle chose, une couleur qui me plaît ou l’ombre portée d’un arbre… N’importe quoi. Hier, dans une chambre d’hôtel, je me disais que je voulais filmer avec des mouvements de caméra extrêmement précis, aiguisés, comme l’a fait Akira Kurosawa dans Rashomon. Ce processus de réflexion va continuer jusqu’à ce que j’aie trouvé la paix et que j’aie mis de l’ordre dans ces éléments épars. Mais il en va des idées comme des femmes : si une fille vous dit que vous êtes magnifique, qu’elle vous trouve très attirant, qu’elle vous aime, vous vous y intéresserez moins que celle qui vous ignore, qui n’est pas libre.

James McAvoy : C’est exactement le contraire pour moi (rires).

M. Night Shyamalan : Sur deux idées, si je suis persuadé qu’il y en a une qui va fonctionner, ce sera celle qui m’intéressera le moins. C’est étrange, non ? En l’occurrence, celle sur laquelle je vais travailler à partir de lundi, je ne suis pas sûr du tout qu’elle fonctionne…

« Franchement, le plus dur, c’est la Bête. Patricia, c’était assez facile de la cerner, grâce au film précédent. C’est une nonne, portée par la foi, mais elle veut être touchée, expérimenter la sexualité, le contact physique. » James McAvoy

Qu’est-ce qui était le plus difficile, interpréter la Bête, représentation de la bestialité, ou Patricia, avec sa démarche féminine et ses talons ? 
James McAvoy :
Franchement, le plus dur, c’est la Bête. Patricia, c’était assez facile de la cerner, grâce au film précédent. C’est une nonne, portée par la foi, mais elle veut être touchée, expérimenter la sexualité, le contact physique. Même si elle ne le peut pas. Ses frustrations sexuelles sont les bases de mon interprétation, c’était donc assez aisé pour moi, même si les situations sont plus traumatiques dans ce film. Par contre, pour la Bête, la difficulté, c’est que ce n’est pas seulement un méchant, ce n’est pas Magnéto ou un mec avec une idée derrière la tête. Il doit être bestial, animal, presque un alien. Si nous le présentions comme un mec très fort et très énervé, ça ne fonctionnerait pas : il doit s’éloigner de l’humanité. Le danger alors, c’est qu’on risque de mal jouer, d’en faire trop. Il faut trouver l’équilibre : de l’élégance, du tact et de la sincérité. Mais la clé de la Bête, comme des autres personnages, c’est Kevin.

à lire : notre portrait de M. Night Shyamalan

Votre film est-il avant tout un thriller ou un film de super-héros? 
M. Night Shyamalan :
Alfred Hitchcock est un maître. Raconter des histoires par le prisme du suspense et le faire par la tension du cadre, ça appartient à Hitchcock pour toujours, il nous l’a appris et je suis et serai éternellement de cette école. C’est cela qui me parle dans le cinéma. Lors de la scène de l’affrontement entre David et de la Bête dans la fabrique de briques, c’est clairement une scène à suspense. David entend la Bête avant de la voir, elle rampe sur le plafond, au-dessus de lui et je filme avec la caméra à l’envers, je donne le point de vue de la Bête… Pour vous répondre, Glass est définitivement un thriller. En parlant d’Hitchcock, j’adore faire des apparitions dans mes films. Mais je ne veux pas que cela trouble le spectateur. D’autant que ma présence n’est pas vraiment discrète. Dès que j’apparais à l’écran, on se dit : ‘‘Tiens, c’est le voisin indien bouclé’’. Mais dès que c’est possible, je m’offre une petite apparition.

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