Par Denis Brusseaux

Le premier mérite d’Argo est de confirmer, après The Town, que Ben Affleck n’a rien perdu de ses ambitions de cinéaste depuis qu’il s’attribue le premier rôle des films qu’il réalise. En choisissant d’illustrer cette histoire vraie d’un agent de la CIA qui invente un tournage de film hollywoodien pour exfiltrer des ambassadeurs piégés en Iran, il s’éloigne radicalement du prototype de l’espion-kickboxer popularisé par Jason Bourne.

Son Tony Mendez ne donne pas un seul coup de poing, ne porte pas d’arme, déprime et flippe, et son seul atout réside dans ses neurones. Un type normal mais astucieux, autour duquel gravite un microsome du même tonneau : des fonctionnaires empêtrés dans la routine, des artisans d’Hollywood gagnés par le cynisme, des fugitifs pas très combattifs. C’est là que réside le point fort d’Argo : refus du spectaculaire, recherche du détail juste dans la reconstitution (grosses lunettes et pantalons pattes d’eph) et un ton chaleureux qui en fait sans doute le film d’espionnage le plus humain et crédible depuis belle lurette.

Du coup, on aurait presque envie que les scènes consacrées à la fabrication du film « Cheval de Troie » s’éternisent, la peinture d’Hollywood proposée par Affleck ne manquant pas de charme, mais nécessitant sans doute d’être approfondie. En fin de mission, le cinéaste semble rattrapé par le cahier des charges de son sujet, au point d’ajouter des péripéties artificielles, un faux suspense inutile qui rend un peu toc la dernière partie de ce film sur une imposture. Logique, en somme !

Sortie : 7 novembre 2012 – Durée : 2 h – Réal. : Ben Affleck – Avec : Ben Affleck, John Goodman, Alan Arkin, Bryan Cranston, Taylor Schilling… – Genre : suspense – Nationalité : américaine

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