A Marseille, trois flics franchissent la ligne jaune pour coincer des dealers. Inspiré d’une histoire vraie, un polar hardcore, qui suscite la polémique.

Par Marc Godin

Tout a commencé à Cannes.

Lors de la conférence de presse de BAC Nord, le 13 juillet 2021, un journaliste irlandais de l’AFP, Fiachra Gibbons, pose la première question, qui n’en n’est pas vraiment une : « le film est super, très fort, mais il y a une chose qui m’a gêné un peu. On est dans une année d’élection. J’ai vu ça avec l’œil d’un étranger et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça. Les gens de la cité sont que des bêtes. C’est une vision qu’on a toujours dans les médias français : les zones où on ne peut pas passer, les zones hors de la civilisation, les zones où il faut réimposer la loi française… Il y a un problème, on est dans une année d’élection quand même ! »

Cette saillie pose quelques questions. Peut-on faire des films réalistes lors des années d’élection (ce ne sera pourtant qu’en 2022) ? Et comment un film peut-il être « super » si son réalisateur donne envie de voter MLP et décrit des personnages comme des animaux ?

Depuis, la polémique a enflé les réseaux sociaux, grâce à de petits malins qui n’avaient même pas visionné le bouzin, et qui clamaient que BAC Nord était un film pro-flics, un film de facho. Et le jour de la sortie, trois journaux (Libé, Télérama et Le Monde, pour ne pas les citer) ont assassiné BAC Nord, parlant de la « représentation déshumanisante des trafiquants de drogue » (Télérama) ou de film « fasciste, tendance cinquante nuances de droite » (Libé). Une belle polémique qui a dynamité un été ciné plutôt tristounet.

D’après une histoire vraie

On le sait, BAC Nord est inspiré d’une histoire vraie. En 2012, 18 policiers sont arrêtés pour « vol et extorsion en bande organisée, acquisition, détention et transport non autorisé de stupéfiants. » Certains sont suspendus, mutés, d’autres déférés en correctionnelle et la brigade est dissoute par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur.

Lors de leurs procès en 2019, sept brigadiers sont relaxés et 11 condamnés à des peines de prison avec sursis en première instance. Jugés à nouveau en appel en avril dernier, ils ont écopé de peines de deux mois à un an de prison avec sursis, pour des vols de drogue, de cigarettes et d’argent…

A la barre, les prévenus ont expliqué que la résine de cannabis et la liasse de billets retrouvées dans leur vestiaire étaient destinées à rémunérer des indicateurs, de même que les vingt-trois barrettes de shit retrouvées au domicile de l’un d’eux.

Un polar bourrin qui cogne fort

De cette histoire vraie, Cédric Jimenez a tiré un polar bourrin qui cogne fort et qui fonce à 300 km/h. Réalisateur peu inspiré de La French, Jimenez colle aux basques d’un trio de flics boderline, les excellents Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou, prêts à tout pour coincer les malfrats.

Sous le soleil de Marseille, il fait monter l’adrénaline, tandis que les trois policiers tentent d’infiltrer les cités des quartiers nord, bouclées comme des bunkers, histoire de faire régner un semblant d’ordre dans ces territoires perdus de la République.

Puis, avec une belle maîtrise formelle, il explose les compteurs pour une énorme séquence d’action, Sicario style. Jimenez filme alors sa ville natale comme un champ de bataille syrien, avec dealers masqués, chaos et kalachs… Avec une puissance, une ampleur, un souffle qui vous cloue à votre fauteuil.

Des “héros” désabusés puis lâchés par leur hiérarchie

Dans ce western urbain, Jimenez ne glorifie en rien la police, il explique sans justifier les méthodes des flics et égratigne une société qui s’effondre, un système qui a laissé tomber les quartiers populaires et ses habitants, et où seule compte la politique du chiffre.

Comme dans Dirty Harry ou L’Année du dragon, ses « héros », désabusés, poussés puis lâchés par leur hiérarchie, ne peuvent que balancer des répliques comme « On ne sert plus à rien : plus je fais mon métier, moins je le fais. » Étonnant pour un film pro-flic.

Noir, violent, incroyablement maîtrisé, BAC Nord est une belle réussite, surtout au sein d’un cinéma français anémique qui a plus ou moins abandonné le genre.

Comment comprendre alors la réaction de certains critiques qui avaient été beaucoup moins gênés par Les Misérables de Ladj Ly, qui enfilait les clichés sur les flics, les frères musulmans ou les gitans ?

Est-ce que Ladj Ly serait légitime pour parler de la banlieue pour certains journalistes woke et pas Jimenez ? Je n’ose le penser.

Sortie : Le 18 août 2021 – Durée : 1h44 – Réal. : Cédric Jimenez – Avec : Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou…  – Genre : Policier – Nationalité : Française – Distribution : StudioCanal

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