Par Marc Godin

Depuis des années, le cinéma d’horreur oscille entre le possédé à la digestion difficile, le zombie boulimique, l’esprit frappeur taquin filmé par un épileptique, sans oublier le « torture porn » (Hostel) pour ados en mal de sensations fortes. À part quelques Espagnols malins comme J. A. Bayona (L’Orphelinat) ou le duo Balagueró-Plaza (REC), c’est le niveau zéro, un désert hanté par des tâcherons qui, à défaut de provoquer le moindre frisson, vous collent le mal de mer avec leur caméra prétendument subjective. Mais voici que Sinister vient bouleverser la donne. Petit film d’horreur financé par le producteur de Paranormal Activity, Sinister est un direct au plexus, une expérience cathartique, terrifiante, équivalente à la vision en salles de L’Exorciste ! Le scénario est minimaliste : un écrivain au bout du rouleau emménage avec femme et enfants dans une demeure où toute une famille a été retrouvée pendue. Bientôt, au grenier, le romancier découvre une caisse remplie de films Super 8 avec des familles massacrées devant l’objectif.

Très intelligemment, Scott Derrickson, auteur du remake médiocre du Jour où la Terre s’arrêta, joue la carte de l’économie, du hors-champ, parvient à nous pétrifier avec une pièce plongée dans l’obscurité, un bruit au grenier, une ombre, et ressuscite nos terreurs enfantines. Ce n’est pas encore du Jacques Tourneur, mais Derrickson génère une inquiétante étrangeté avec un simple mouvement de caméra et signe une belle métaphore sur le pouvoir des images. La réussite ne serait pas complète sans la prestation hallucinée d’Ethan Hawke, digne de Jack Nicholson dans Shining. On en sort lessivé, un peu comme après une nuit de cauchemars.

Sortie : 7 novembre 2012 – Durée : 1h50 – Réal. : Scott Derrickson – Avec : Ethan Hawke, Clara Foley, Fred Dalton Thompson, James Ransome… – Genre : horreur – Nationalité : américaine

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