Par Denis Brusseaux

Dès la séquence d’ouverture, le ton semble donné, celui d’une satire qui se voudrait féroce du monde de la finance. Tel le perfide Iago d’Othello, Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) s’adresse directement à la caméra pour confier aux spectateurs ses noirs dessins. Quant à son ascension éclair, il la doit au cancer des testicules de son patron et protecteur.

Aura-t-il plus de… couilles que lui ? De quoi se frotter les mains en espérant un récit au vitriol où rien ni personne ne sera épargné. Mais ce noble projet bute rapidement sur un manque cruel de crédibilité. Contrairement à un film choral comme Margin Call (J. C. Chandor, 2011), où l’univers spéculatif était reflété par une myriade de personnages, Le Capital repose presque exclusivement sur son héros. À ce dernier d’exprimer toutes les visions possibles du métier de financier : arriviste obsédé par l’argent et par le sexe, génie des marchés, brillant manipulateur opérant avec trois coups d’avance, moralisateur lucide, traître cynique.

Privé d’interlocuteur pour le renvoyer à ses contradictions (tous les autres personnages sont réduits au statut d’obstacles qu’il doit abattre l’un après l’autre), Tourneuil se mue en super-héros hyper-booké qui gère tout en personne, et il ne manquerait que quelques scènes d’action pour que Le Capital se transforme en nouvel épisode de Largo Winch. Quant au fond, noyé sous une intrigue classique autour d’une OPA perfide orchestrée par les Américains, il est au mieux conventionnel, au pire nébuleux.

Date de sortie : 14 novembre 2012 – Durée : 1h53 – Réal. : Costa-Gavras – Avec : Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier – Genre : Drame – Nationalité : France

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