Par Mathias Lebœuf

1915. Auguste Renoir, maître incontesté de l’impressionnisme charnel, est assailli par les tracas : la vieillesse et ce corps qui lâche peu à peu, l’accablant de douleurs et l’empêchant de peindre comme il le voudrait. Et Jean, son fils blessé sur le front, dont il attend anxieusement le retour. Les mains bandées, déformées par les rhumatismes, rien ne semble pouvoir l’apaiser jusqu’à ce qu’entre dans sa vie Andrée. « Fille de nulle part envoyée par une morte », Andrée se présente sous la recommandation de Madame Renoir, décédée quelque temps auparavant. Elle va devenir le dernier modèle du « patron », lui redonner l’envie de peindre, mais deviendra aussi la compagne de Jean, enfin rentré du front. Gilles Bourdos livre là un beau film dont la facture classique se met au service du propos, riche et dense : la création, la grâce, la transmission. Car le film aurait tout aussi bien pu s’appeler RenoirS, tant la figure de Jean, le futur cinéaste, jeune homme se cherchant dans les yeux du modèle de son père, est également centrale. Dans un décor naturel sublime, fait d’oliviers à flanc de colline et de lumière, Bourdos donne à voir avec finesse les multiples relations qui lient ses trois principaux personnages : lien artistique entre le peintre et son modèle, filial entre un père et son fils, amoureux entre Jean et Andrée. Face à un Michel Bouquet époustouflant, Christa Theret révèle l’étendue de tout son talent, bluffante de grâce et de spontanéité. Un vrai bonheur de jeu d’acteur servi par des dialogues souvent savoureux. Quand elle lui demande : « Ça ne vous gène pas si je bouge ? », Renoir répond à Andrée : « Si ça me gênait, je peindrais des pommes ! » Un régal, pour les yeux comme pour les oreilles.

Sortie : 2 janvier 2013 – Durée : 1h51 – Réal. : Gilles Bourdos – Avec : Miquel Bouquet, Christa Theret, Vincent Rottiers… – Genre : comédie dramatique – Nationalité : française.

Et SEE tu partageais cet article ?