Par Mathias Lebœuf

Recueillis enfants par le forain Ursus (Gérard Depardieu), Déa (Christa Theret) est aveugle et Gwynplaine (Marc-André Grondin) a le visage défiguré par une balafre qui couvre ses joues d’un rictus permanent. Quelques années plus tard, ce sourire grimaçant va faire le succès du spectacle dont le jeune homme devient la vedette : « L’homme qui rit ». La renommée lui ouvrira les portes de la cour, mais aussi celle de son identité cachée. Tout était là pour nous embarquer : une histoire incroyable, des acteurs justes (mention spéciale à Serge Merlin, absolument bluffant en grand chambellan), des décors oniriques très réussis… Et pourtant, on s’ennuie. C’est que le film ne surprend jamais vraiment le spectateur, mais au contraire l’installe dans un récit mièvre, soutenu par le grand renfort d’une musique aussi omniprésente qu’horripilante. Les ellipses, nécessaires pour adapter ce roman-fleuve de Victor Hugo, ne sont pas toujours judicieuses : on sera bien en mal de comprendre qui sont les « comprachicos » et pourquoi Gwynplaine a été défiguré. Jean-Pierre Améris (Les Émotifs anonymes) prend le parti, intéressant et même judicieux, de « décontextualiser » le récit d’Hugo qui se déroulait initialement dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Mais il gomme fortement, par la même occasion, la dimension politique de cette histoire pour ne garder qu’un conte de Noël fantastique lorgnant d’une façon un peu trop insistante sur l’univers de Tim Burton. Certaines scènes, comme le discours du héros devant le parlement, semblent du coup totalement échapper au fil narratif, centré sur la réussite de Gwynplaine et son histoire d’amour vouée à l’échec avec Déa. Dommage.

Sortie : 26 décembre 2012 – Durée : 1h33 – Réal. : Jean-Pierre Améris – Avec : Marc-André Grondin, Christa Theret, Gérard Depardieu, Serge Merlin, Emmanuelle Seigner… – Genre : conte dramatique – Nationalité : française

Et SEE tu partageais cet article ?