Par Alexandre Poncet

Qualifier le concept des Cinq Légendes de risqué et d’ésotérique dépasse l’euphémisme. A l’heure où l’animation tend à banaliser le fantastique et à rationaliser jusqu’à l’écoeurement les enjeux humains (voir l’insupportable morale sous-tendant le Rebelle des studios Pixar, ou la dynamique grand frère balourd / petite sœur chipie au cœur des Mondes de Ralph), Les Cinq Légendes ose la différence, le lyrisme, la poésie, voire l’abstraction pure et simple.

Usant pleinement de sa forme animée pour proposer une vision déformée de la réalité (soyons clairs : ce script ne fonctionnerait pas en live), l’ex-storyboardeur Peter Ramsey (notamment sur des films de Spielberg et Zemeckis, et ça se sent !) et son scénariste-dramaturge David Lindsay-Abaire s’abreuvent de notions philosophiques complexes, allant de la survie de l’inconscient collectif mondial à la finalité et l’essence de chaque âme. Plutôt que de s’embourber dans un pensum élitiste, les auteurs plongent tête baissée dans un spectacle virtuose et électrisant, pensé et chorégraphié dans sa globalité pour une projection en trois dimensions. Faisant réellement avancer le médium relief, au même titre que des films comme Avatar ou Hugo Cabret, les Cinq Légendes fascine autant qu’il désarçonne.

La personnalité de Guillermo Del Toro, visible sur l’ensemble du film (le repaire des Gardiens renvoie directement au B.P.R.D. de Hellboy, les fées des dents à celles du Labyrinthe de Pan), est sans doute pour beaucoup dans la réussite et la maturité de ce long-métrage autre, où le Père Noël, le lapin de Pâques, le Marchand de Sable et Jack Frost déploient des pouvoirs à faire pâlir de jalousie tous les Avengers réunis. Vous parlez d’une surprise…

Date de sortie : 28 novembre 2012 – Durée : 1h35 – Réal. : Peter Ramsey – Avec : Chris Pine, Isla Fisher, Hugh Jackman, Alec Baldwin… – Genre : fantastique, animation – Nationalité : américaine

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