Ils n’ont pas vu le même film !

Le pour et le contre des journalistes de SEE

Trop de muqueuses

Par Marc Godin

Pas évident de faire la critique d’un Star Wars. Une saga intergalactique de huit films tournés sur 40 ans, un spin off, des tas de dessins animés, des jeux vidéos, des milliards en merchandising et produits dérivés, des fans en délire dans le monde entier… On est plus dans la mythologie et le phénomène de société que dans le cinéma et depuis des années, Episode 1 pour ne pas le citer, on a de (tout) petits films pour un immense phénomène. Il y a deux ans, la licence, rachetée par Disney Corp pour 4 milliards, était de retour avec Le Réveil de la Force, nouvel épisode d’une nouvelle trilogie, avec JJ Abrams derrière la caméra. Sauf que JJ n’est pas un metteur en scène, c’est un showrunner, un mec qui pense en terme d’orientation globale, capable de donner la direction de la nouvelle trilogie. Mais Episode 7 n’était qu’un best-of sans aucune idée de cinéma, un catalogue de jouets, un opus régressif, raté, avec une intrigue simpliste, avec un JJ n’arrivant pas à torcher une seule scène iconique. Sorti à Noël dernier, Rogue One, spin off inspiré, était quant à lui une bouffée d’air frais dans l’univers Star Wars, un vrai film de commando, speed et jouissif. Pour Les Derniers Jedi, je m’étais donc pris à espérer surtout avec Rian Johnson, le metteur en scène de Looper, au scénario et derrière la caméra (j’ai du mal à croire que JJ n’a pas écrit intégralement l’arc narratif de la trilogie). Bon, à l’arrivée, le bilan est plus que mitigé…

L’histoire des Derniers Jedi débute juste après celle du Réveil. On retrouve Rey et Luke Skywalker sur l’île paumée d’Ahch-To, tandis que la guerre fait rage entre les derniers membres de la Résistance et le Premier Ordre, mené par le très méchant et balafré Snoke. Rey va tenter d’entamer une formation accélérée de Jedi, avec un Skywalker pas vraiment enthousiaste. De leurs côtés, la princesse Leia, Poe ou Finn tentent d’échapper à la rage de Snoke et de son âme damnée, Kylo Ren dans l’espace, dans la ville de Canto Bight, la planète Crait, au milieu de X Wings, des At-At, de créatures diverses et variées, dont les Porgs, futur carton de Noël, peluches irrésistibles avec les yeux du Chat potté.

Pour son scénario, Rian Johnson démultiplie les intrigues. Son film est construit comme le final de l’Episode 6, ou comme une série TV avec plusieurs arcs narratifs qui se mêlent et s’entrecroisent. Il multiplie les personnages secondaires ou les bestioles (pour vendre des jouets ?), les intrigues, mais tout ne fonctionne pas parfaitement et à l’arrivée, le film – le plus long de la saga – dure 2H 30, peut-être 30 minutes de trop. Certaines scènes de bastons interstellaires sont inutilement étirées, d’autres inutiles, comme celle assez atroce à Canto Bight, la ville-Casino, avec le personnage très dispensable appelé DJ, qui sera probablement un pivot de l’Episode 9. Entre deux considérations sur la Force et l’équilibre du monde, Rian Johnson parle de l’échec (« le meilleur professeur »), du sacrifice et de ce qui fait de nous des hommes. Il fait surtout la part belle aux femmes, avec Rey, Leia, mais aussi deux nouvelles venues, Rose Tico (Kelly Marie Tran), technicienne d’origine asiatique, ou encore la vice-amirale Holdo, incarnée par une Laura Dern en moumoute rose. Le motif féminin imprègne tellement le film que Rian Johnson semble avoir perdu pied, surtout dans une prod Disney : quand Rey s’enfonce dans le côté obscur, elle plonge dans un trou, noir, poilu et humide. Véridique ! Quand Luke pénètre dans une grotte, on a l’impression d’être dans un remake à 200 millions de Calmos, à l’intérieur d’un vagin… D’ailleurs il est souvent question de portes que l’on ne parvient pas à ouvrir, d’espaces qu’il faut pénétrer, de serrures qui résistent… Et que pensez de la fente béante sur le sommet du crâne de Snoke ? Il voit des foufounes partout, ce cher Rian ?

Bon, il n’y a pas que des muqueuses dans Les Derniers Jedi. Il y aussi des créatures velues (Chewie et un bestiaire top kawaï pour les petits), une série de duels au sabre laser et de combats entre des X Wings et des croiseurs XXL. Johnson n’étant pas manchot, certaines scènes décollent, je pense notamment à la baston entre Kylo, Rey et des gardes impériaux, mais aussi le titanesque combat final, très graphique, avec les traces rouges sur la surface blanche de la planète (c’est du sel), véritable hommage à L’Empire contre-attaque. Mais très souvent, le temps semble long. C’est prévisible et convenu, donc pas toujours passionnant. On se doute bien que si Skywalker fait la gueule au début, il finira bien par aider la jeune padawan. Même chose pour Snoke, Leia ou Poe qui suivent des trajectoires ultra-balisées. Pourtant, ce que veut le fan, c’est de l’inédit, du jamais vu, être transporté au-delà de ses désirs, de ses rêves les plus fous, pas de suivre le cahier de charges d’un as du marketing mercantile, obsédé par les contrats avec Renault ou Coca Zéro.

Pour conclure, on peut dire que Rian Johnson fait le job. Les fans seront ravis de retrouver Luke Skywalker dans un rôle de premier plan (pas comme la potiche Han Solo dans L’Eveil), la princesse Leia ou d’autres personnages qu’ils adorent, mais je ne vais pas vous spoiler LA grosse surprise. Ce qui manque néanmoins au Derniers Jedi, c’est la magie des premiers Star Wars, cette mythologie qui nous faisait vibrer, quand la Force voulait encore dire quelque chose. Ou une approche différente, comme Rogue One qui trouvait un équilibre périlleux entre l’ADN de la première trilogie de George Lucas et une réinvention plus moderne du mythe.

Un ADN respecté

Par Colonel Dawa

« Depuis la sortie de La Menace fantôme, le public de Star Wars est divisé en deux, les quadras, fans de la première trilogie et les plus jeunes, qui préfèrent les films récents. » C’était en 2002 et cette déclaration vient de George Lucas lui-même, lors d’une conférence de presse donnée au Festival de Cannes à l’occasion de la présentation hors compétition de La Revanche des Sith.

Alors si le public de Star Wars était divisé en deux il y a quinze ans, désormais, et sans avoir fait « S », on peut aisément se dire, qu’il est divisé en trois. Les fans de la première heure, ceux de la deuxième et ceux de l’ère Disney, parce qu’il faut bien le dire, à compter du Réveil de la force, les choses ont changé et plutôt en mieux, ne serait-ce que pour Rogue one, l’excellent spin-off.

Allez, mes amis quinquas, moi aussi j’ai la nostalgie qui me titille quand je visionne de nouveau les épisodes IV, V et VI. Mais faut bien se l’avouer, malgré maintes remasterisations, les combats aux sabres lasers, ressemblent plus à une baston de néons d’une enseigne de sex-shop de la place Pigalle, qu’à des armes meurtrières. Quand aux FX, que dire… ?

Mais qu’en est-il de cet épisode VIII ? Le plus long de la saga et peut-être le plus attendu suite au déroutant Le Réveil de la force et le très réussi Rogue one, cet opus signé Rian Johnson et produit par J.J. Abrams a au moins le mérite de retrouver l’ADN de Star Wars. Certes, l’action est là et bien là, certes, Luke, Leia, maître Yoda et quelques résidus du passé sont là aussi, certes, le spectre de Solo plane également mais c’est surtout LA FORCE qui est là, présente dans tous les interstices de chacune des scènes. Cette Force que Johnson a réussi à faire passer de l’ancienne à la nouvelle génération représentée par Rey et Kylo Ren. Cette force tellement puissante mais qui est bien moins cartésienne qu’hésitante car toute la finesse vient du fait que les méchants ne le sont jamais complètement et les gentils non plus. Star Wars, monstre de technologies, tant dans son univers que dans sa réalisation, continue finalement d’explorer les arcanes de l’être humain et d’en tirer une métaphore universelle. Tout l’ADN de la saga réside dans cette universalité, et dans cet épisode, il est bien présent, car au bout du compte, la Force n’existe pas sans son conducteur humain, sans ce corps et ce cerveau gorgés de contradictions et de tentations.

Il apparaît également évident que l’on ne peut isoler un épisode et le juger en tant que tel, Star Wars est un tout et il est fort probable que quand cette nouvelle trilogie sera terminée, peut-être que l’épisode VII retrouvera une virginité dans l’estime des fans. L’exemple le plus frappant réside dans l’évolution de Kylo Ren. Ado boutonneux dans Le Réveil de la force, il faut bien avouer qu’à défaut de mouches, il n’aurait même pas fait peur à un Ewok. Mais dans cet épisode VIII, Ren évolue de manière assez glaçante que l’on est pressé de voir la suite et l’aboutissement de ce nouveau grand méchant de l’histoire du cinéma, avec cet espoir qu’il soit à la hauteur du référent, Darth Vader !

Pour conclure cette dissert’ philosophique des Derniers Jedi, le film est largement à la hauteur des attentes du plus grand nombre, il y réside même des morceaux de bravoure spectaculaires qui viennent servir sans chipoter, cette tragédie gréco-spatiale qui change un peu de cette hystérisation de blockbusters gavés aux super-héros.

Et quarante ans après la sortie de Star Wars, qui à l’époque, ne s’appelait pas encore Un Nouvel espoir, il y a fort à parier qu’une quatrième génération de fans pointe son nez et que pour eux, ceux de la première heure feront désormais partie d’une autre galaxie, lointaine, très lointaine.

Date de ortie : 13 décembre 2017 – Durée : 2h30 – Réal. : Rian JohnsonAvec : Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac… – Genre : science-fiction, action – Nationalité : américaine

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