Charlize Theron, blonde sans filtre !

Elle est l’héroïne de Séduis-moi si tu peux !, comédie US taillée sur mesure pour un public « snowflake ». Dans le film comme dans la vie, Charlize Theron est une femme de tête. Au risque de l’avoir parfois trop grosse ? Retour sur le parcours de la Sud-africaine qui a croqué Hollywood.

Par Jean-Pascal Grosso

Fiancée infidèle dans L’Oeuvre de Dieu, la part du diable, héritière d’un semi-mafieux dans The Yards, repoussante tueuse en série dans le plébiscité Monster, savoureuse en Britt Eckland dans le brillant Moi, Peter Sellers ou reine acariâtre dans Blanche-Neige et le chasseurCharlize Theron est aussi présente que changeante sur les écrans : « J’aime modifier mon look, de la manière la plus drastique qui soit. Cela me permet d’entrer encore mieux dans la peau de mes personnages. »

A la base, cette fille d’un entrepreneur d’origine française et d’une Allemande, rêvait de devenir danseuse. Adolescente, elle intègre une école d’art à Johannesburg. A seize ans, pour échapper à un emploi à mi-temps de caissière de supérette, elle gagne un concours local de mannequin et tape dans l’œil d’un scout italien qui la parachute presto à Milan. Entre temps, son père, en état de démence éthylique, se fait tuer à coup de revolver par son épouse (de mauvaises langues journalistiques affirmeront bien plus tard que c’était la future star qui, en réalité, appuya sur la détente ; événement tragique qui précipitera son départ pour l’étranger).

Charlize roule un peu sa bosse entre Europe et États-Unis. Un magazine l’envoie à New-York pour une séance photo. Elle y restera plusieurs années, décidée à vivre pleinement sa liberté fraîchement acquise.

« Je me considère comme une créature très sexuelle. La nudité, correctement utilisée, peut être extrêmement efficace. »

Objectif Los Angeles

Elle décide d’aller tenter sa chance sur la Côte Ouest. Alors qu’elle vient toucher un chèque dans une banque de Los Angeles, une employée zélée lui fait quelques misères. S’ensuit une scène tempétueuse et mémorable. Un type s’approche : « Vous êtes comédienne ? » ; le genre de question qui se termine généralement, pour une starlette en herbe, dans les draps froissés d’un motel de seconde zone.

Mais le hasard est à nouveau dans le camp de Charlize. L’importun se nomme John Crosby, l’agent de Renée Russo et John Hurt. Il accepte de la prendre sous son aile uniquement si elle se décide à perdre son accent afrikaans. Car si l’aspirante comédienne est fière de ses racines (« J’aime le fait d’être étrangère, d’être perçue comme différente »), son phrasé sonne mal.

Elle relève le défi : « Comme je n’avais pas de quoi me payer un coach, j’ai laissé ma télé allumée constamment. Et c’est en écoutant n’importe quoi, des vieux films en noir et blanc aux rediffusions de La Croisière s’amuse, que j’ai appris à m’en débarrasser. » Premier rôle en 1996 dans Deux jours à Los Angeles, polar honorable où elle se fait remarquer en tueuse à gages folle amoureuse de son psychopathe de partenaire campé par James Spader.

La même année, Tom Hanks, son idole d’enfance, lui offre un rôle d’ado souriante dans sa première réalisation, That’s Thing you do. Son personnage d’épouse délaissée par Keanu Reeves dans L’Avocat du diable de Taylor Hackford lui permet d’aborder des projets plus ambitieux. Dans Celebrity de Woody Allen, Charlize Theron devient un supermodel nymphomane. A l’époque, elle pose nue en couverture de Vanity Fair et déclare : « Je me considère comme une créature très sexuelle. La nudité, correctement utilisée, peut être extrêmement efficace. »

Après Intrusion, nanar spatial où elle est l’épouse d’un Johnny Depp extra-terrestre, elle croise Michael Caine et Tobey Maguire dans L’Oeuvre de Dieu, la part du diable de Lasse Hallström. Fiancée d’un soldat porté disparu, elle y déniaise un jeune orphelin, apprenti dans la fabrique de cidre de ses parents. La « créature sexuelle » a encore frappé !

« Le principal est de choisir les bonnes personnes avec lesquelles travailler. »

Le sacre de Monster

« Je sais combien ça fait cliché, mais je vis chacun de mes jours comme le dernier. Et le fait d’avoir trouvé la chose qui me fait respirer, rire, et pleurer, y est pour beaucoup… »

En 2003, Charlize Theron remporte un Oscar, un Golden Globe, un Ours d’argent à Berlin ainsi qu’une dizaine d’autres prix internationaux pour son interprétation d’Aileen Wuornos, célèbre tueuse en série dans Monster, film dont elle était également productrice. A la fin de son discours devant le gratin de Hollywood, elle lâche un déchirant : « Merci à toi, maman, qui a tout sacrifié pour moi. » L’industrie tombe incurablement sous le charme. De retour dans son Afrique du Sud natale, Charlize est reçue par Nelson Mandela.

Dès lors très demandée, elle commence à tourner au rythme de deux films par an, alternant cinéma populaire et rôles plus exigeants, au risque parfois de voir son public se détourner d’elle. Ce qu’elle assume pleinement de son côté : « J’aime bien aller dénicher des histoires sur lesquelles peu de gens se risqueraient à miser de l’argent, des occasions sur lesquelles les studios ne sautent pas nécessairement… »

Américaine bisexuelle et anarchiste dans Nous étions libres (elle s’y éprend de Pénélope Cruz), héroïne inter-galactique dans Aeon Flux, four magistral, fliquette obstinée de Dans La Vallée d’Elah, charge contre la guerre en Irak, ou encore épouse modèle cachant ses super-pouvoirs dans l’irrévérencieux Hancock signé Peter Berg : la comédienne n’a peur de rien. « C’est comme si je cherchais à prouver que j’étais capable de tout jouer se souvient-elle. Le principal est de choisir les bonnes personnes avec lesquelles travailler. »

Bides et blockbusters

Deux ans après La Route, Jason Reitman, réalisateur des plébiscités Juno et In the Air, la sort, avec Young Adult, d’une semi-retraite due à un manque de rôles concrètement. « Et voilà que je me retrouve, explique-t-elle, sous sa direction, pour trente jours de tournages, alors que je n’avais rien joué de très solide depuis des années, sans maquillage, sans coiffeur… J’ai mouillé ma chemise mais ce fut du pur bonheur. »

Le film rapporte 22 millions de dollars au box-office mais lui redonne le goût de tourner. Elle alterne à nouveau très gros morceaux populaires (Prometheus, Mad Max : Fury Road, Fast and Furious 8…) et de beaux cassages de gueule au box-office (Albert à l’Ouest, The Last Face, Atomic Blonde…).

Si d’un côté, elle continue à financer ses propres projets, elle se mue, d’autre part, mère de deux enfants adoptés, en femme de tête et caution tutélaire d’une jeune génération #metoo

De son expérience avec Ridley Scott, elle déclare : « J’ai pu enfin tourner avec le réalisateur de mes rêves. C’est un des plus grands maîtres de sa génération. » Ses trois derniers films – Atomic Blonde, Gringo, Tully – n’ayant pas trouvé leur public, Charlize Theron se cherche d’autres caps.

Si d’un côté, elle continue à financer ses propres projets (Tully, Séduis-mois si tu peux !…), elle se mue, d’autre part, mère de deux enfants adoptés, en femme de tête et caution tutélaire d’une jeune génération #metoo. L’agité de la lucarne Cyril Hanouna en a d’ailleurs fait récemment les frais, tancé par Charlize l’instit’ pas drôle du féminisme post-Weinstein (producteur de L’Oeuvre de Dieu, la part du diable, tiens…).

« Mon personnage est très arriviste » confie-t-elle au sujet de Charlotte Field, candidate à la Maison Blanche, qu’elle incarne dans Séduis-moi si tu peux !. « Elle est aux antipodes de ce que je suis dans la vie mais ça ne me dérange pas de jouer des personnages comme ceux-là. Et tant pis si les gens pensent que je suis comme elle dans la vie. »

Pas arriviste peut-être, mais partie d’où Charlize Theron est partie pour arriver là où elle est aujourd’hui (elle a quatre projets sur le feu dont The Old Guard, film de mercenaires au féminin), comédienne révérée au sommet de Hollywood, il lui aura tout de même fallu une dose massive de détermination.

Séduis-moi si tu peux ! de Jonathan Levine avec Charlize Theron, Seth Rogen, O’Shea Jackson Jr… En salles depuis le 15 mai.

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